Tours

4h de vives tensions au conseil municipal de Tours

On a enchaîné les passes d’armes sur les cantines, le quartier des casernes et… la Turquie.

« On ne peut pas transformer ce cénacle en café du commerce » tonne le maire de Tours Serge Babary en pleine séance du conseil municipal de ce lundi soir. On passera rapidement sur l’utilisation par le maire d’un mot que personne n’emploie dans le langage courant et on s’attardera sur l’ambiance déplorable de cette réunion d’élus. A Tours, ça fait des mois que les assemblées de l’Hôtel de Ville sont tendues, mais alors que l’on croit toujours avoir atteint un pallier on réussit encore à franchir de nouvelles étapes, au risque de rendre l’action politique encore plus indigeste qu’elle ne l’est déjà. C’est pourtant au niveau local que les élus sont les plus respectés, qu’on pourrait espérer les voir débattre de leurs idées sur des sujets du quotidien. Mais sur ce coup-ci, le spectacle offert était au mieux inaudible et contre-productif.

On vous raconte. Ca a commencé avant même l’ouverture des débats par un accrochage à l’entrée de la salle entre le maire et l’élu communiste Pierre Texier qui voulait dénoncer les agissements du président turc Erdogan. Serge Babary a refusé, sèchement. Les conseillers municipaux qui le voulaient ont dû se contenter d’arborer un autocollant « Stop Erdogan ». Plus tard, profitant d’une délibération sur les futures Assises du Journalisme, Pierre Texier a tenté de mettre le sujet sur la table… Il avait à peine commencé son propos qu’il a été interrompu par le maire : « je vous vois venir… Faut pas exagérer ! On ne peut pas amener des débats de cette façon-là, je refuse votre question. Je n’ai pas accepté qu’elle entre par la porte, elle ne passera pas par la fenêtre. » « Il me semblerait normal à un moment où des journalistes sont emprisonnés en Turquie que notre assemblée manifeste sa solidarité à leur égard » a tenté de répondre un Pierre Texier au bord de l’implosion, dénonçant « l’argumentation fallacieuse » de la majorité.

Et s’il n’y avait eu que ça… On n’avait même pas entamé la lecture du (court) ordre du jour que l’opposition critiquait déjà le rapport du dernier conseil pour une question de vocabulaire sur la différence entre une abstention et le fait de ne pas prendre part au vote… Puis il y a eu une tentative de question sur la donation Cligman, vite douchée. « Ce n’est pas vous qui dictez l’ordre du jour de l’assemblée » a asséné Serge Babary en milieu de séance à un Nicolas Gautreau (PS) outré de voir qu’on lui avait coupé le micro.

Là où ça a chauffé aussi, c’est sur le sujet de la cuisine centrale. Rappel des faits : la mairie est confrontée à la dégradation des locaux de la cuisine des Fontaines qui prépare 9 000 repas par jour. Elle a mis 50 000€ sur la table pour financer une étude afin de trouver des solutions pour l’avenir (nouvelle construction, délégation au privé…).

Ce lundi soir, les élus devaient accepter de payer 50 000€ de plus pour financer cette étude (avec des déplacements d’élus et d’agents dans d’autres villes, par exemple).La socialiste Cécile Jonathan a demandé pourquoi, et Serge Babary est parti d’un coup dans un grand monologue saignant en profitant de l’occasion pour critiquer les Verts et leur questionnaire sur les cantines distribué ces dernières semaines dans les écoles afin de demander leur avis aux parents (on en parle ici) : « ma méthode de travail c’est de faire un état des lieux sérieux à base d’études. Je n’ai pas la science infuse. Mais pour l’instant il n’y a pas de raison de parler de démocratie participative. C’est nous qui avons le projet et nous l’assumerons. Ces études sont plus sérieuses qu’un questionnaire qui n’a rien de scientifique. Ce sont de drôles de méthodes. »

Personnellement visé, l’élu écologiste Emmanuel Denis a répondu tout aussi sèchement : « c’est déplorable de juger le travail que l’on a fait comme ça. On a interrogé 15% des parents, c’est représentatif ! On verra si vous faites mieux avec votre consultation en ligne sur le PLU (celle sur le logo de la ville avait « bien marché », ndlr). Vous passez à côté de la démarche : on a voulu mesurer l’intérêt des parents sur ce projet. C’est l’occasion de poser le débat sur des évolutions alors que vous avez déjà annoncé que les repas continueraient d’être servis en liaison froide (c’est-à-dire cuisinés à l’avance et réchauffés avant d’être servis) avec 17% de produits bio et 30% de local. On voudrait remettre ça en jeu. Il va falloir passer aux méthodes de démocratie du XXIème siècle Mr Babary. »

Pour défendre le maire, l’adjointe à l’éducation Barbara Darnet-Malaquin a ajouté son grain de sel : « dans votre étude vous ne parlez jamais du coût. Le pain bio par exemple c’est deux fois plus cher, est-ce que vous le répercutez sur le prix des repas facturés aux parents ? Moi je dis non. » Tout ce peitt monde doit se retrouver dans un bureau le 23 novembre. Ca va être beau…

Les Verts, les communistes… Le FN, aussi. Nouvel épisode. Et c’est surprenant de voir que c’est une délibération sur la rénovation de halls d’immeubles à Rochepinard qui a rallumé la mèche. Gilles Godefroy a dit : « on répare les dégâts du vandalisme et on attend que ça recommence en espérant que ça ne se sera pas le cas trop vite. On envoie un signal : ‘saccagez, on va réparer’. Il est temps de ne plus accepter des comportements inacceptables et de donner plus de moyens à la police et à la justice. On ne peut pas mettre un policier dans chaque hall… D’ailleurs on ne sait pas si il y survivrait (!!!!, ndlr)… Les racailles sont sans scrupules… » Là, le maire l’a interrompu : « qu’est-ce que vous proposez ? De laisser ça casser  C’est un confort supplémentaire pour éviter les incivilités grâce aux digicodes. Nous on trouve que c’est une amélioration. »

On a encore plusieurs exemples à vous relater, on va juste en ajouter un dernier, au sujet de la rénovation du futur quartier des casernes de Tours… Le 30 novembre à midi, l’Etat officialisera la vente des terrains à la ville de Tours pour qu’elle mène son projet immobilier, « on arrive au bout, c’est une bonne nouvelle » a soupiré le socialiste Nicolas Gautreau… Et le maire de répondre en parlant de la complexité à organiser la visite de Thierry Repentin, le représentant de l’Etat dans ce dossier. Serge Babary parle d’une « saga » : « on a tenté de trouver 25 dates, aucune n’était possible. J’ai demandé si on pouvait accélérer la signature sans sa présence, on m’a répondu qu’il n’y aurait pas de signature officielle mais que Mr Repentin viendrait courant janvier pour officialiser la signature. Ma réponse n’a pas été diplomatique du tout. Finalement le préfet a appelé et il sera là le 30. »

Sur sa chaise, la socialiste Cécile Jonathan, amie personnelle dudit Mr Repentin, sautille, hésite à prendre la parole… Et commente en marge de la réunion : « Il ment. C’est moi-même qui ai calé le rendez-vous parce qu’on voulait être disponible afin de le faire venir aussi pour une réunion avec des élus. » Si tout ce beau monde réussit à sourire sur la photo officielle dans deux semaines, ce sera un petit miracle… Sinon, rendez-vous le 19 décembre pour de nouveaux échanges de tirs. A moins que l’approche des fêtes de fin d’année n’apaise les esprits…

Olivier COLLET