Tours

La Norvège, de l’huile noire et une machine à eau : le CCCOD dévoile sa programmation

Le futur Centre de Création Contemporaine de Tours débutera ses expositions en mars 2017.

Le Centre de Création Contemporaine Olivier Debré de Tours (prenez l’habitude de l’appeler CCCOD même si c’est dur à prononcer) ouvrira véritablement ses portes dans un peu plus de 4 mois, mais le nouveau bâtiment situé entre la Rue Nationale et la Rue Constantine a fait un grand pas ce mercredi en annonçant sa programmation pour les 18 premiers mois de son existence. Un planning audacieux, international, perturbant et novateur.

« On ne se contentera pas du public culturel de Tours, soit 13 000 personnes » a rappelé le directeur du site Alain-Julien Laferrière. L’objectif affiché c’est « 100 000 visiteurs la première année » et la venue du président François Hollande pour l’inauguration en mars. « Nous voulons nous faire connaître au niveau national et international. Il nous faut donc aller chercher d’autres publics. Par exemple, nous avons déjà mené près de 25 rendez-vous pour nous présenter dans des communes de la région, de Savonnières à Châtellerault. » Une stratégie empruntée aux hommes politiques, « pour qui les campagnes se gagnent sur chaque marché, dans chaque cage d’escalier » et qui semble payer avec déjà la vente de près de 1 000 pass donnant accès au CCCOD pendant un an (25€ pièce, 40€ à deux). « Ils donnent accès à un club ouvert à tous, avec des soirées tous les mois pour se rencontrer, fréquenter sa ville. »

Alain-Julien Laferrière l’a souvent dit mais le répète une fois encore pour être sûr que ça rentre bien dans les têtes : ce site culturel construit autour de la nef de l’ancienne école des Beaux-Arts de Tours (au budget de 15 millions d’euros, financés par de l’argent public) « n’est pas un musée. » Donc même s’il porte le nom du célèbre peintre Olivier Debré, on ne verra pas en permanence toute l’œuvre de l’artiste décédé en 1999, et qui a cédé près de 300 toiles, tableaux et dessins au CCC (dont 5 grandes huiles de 4m x 9m).

« Un lieu de grand spectacle et d’émotion »

En revanche, les expositions seront inspirées du travail d’Olivier Debré (dont le fils Patrice était présent ce mercredi). Exemple avec « Olivier Debré, un voyage en Norvège » (du 10 mars au 3 septembre 2017), l’un des rendez-vous d’ouverture du CCCOD : « c’était un grand voyageur qui s’installait pour peindre. Nous allons donc partir en voyage avec lui afin de montrer comment la Touraine peut être le centre du monde puisque l’artiste revient toujours à la Loire dans ses tableaux. » 70 œuvres seront accrochées dont des tableaux inédits, jamais sortis de Norvège auparavant. Olivier Debré s’est rendu dans ce pays nordique régulièrement pendant plus de 30 ans, son premier séjour remontant à 1966.

Deuxième pont entre Tours et la Norvège, celui que réalisera Per Barcley du 10 mars au 15 septembre, au-dessus d’une mer d’huile noire. L’artiste de 61 ans qui partage sa vie entre Oslo et Turin sera ainsi le premier à transformer la Nef. Il y proposera une prouesse artistique qui a fait sa renommée depuis 1989 mais qu’il n’aimait jusqu’ici pas montrer, à part en photo. Le sol du bâtiment sera ainsi recouvert d’une huile noire ce qui permettra aux murs et au plafond de se refléter comme dans un miroir, donnant une grande impression de vide et d’immensité : « ce sera un lieu de grand spectacle et d’émotion. Les photos qui y seront prises auront vocation à faire le tour du monde » précise le directeur du CCCOD, en contact avec l’artiste depuis 2001. A noter que la troisième et dernière exposition d’ouverture (qui s’achèvera en juin) sera elle consacrée à la jeune scène norvégienne avec le rassemblement d’une dizaine d’artistes dans la galerie noire située au rez-de-chaussée du bâtiment.

La Corée, l’Allemagne puis l’Espagne…

Alain-Julien Laferrière a également fait une promesse en présentant ce programme : il y aura toujours au moins une voire deux expositions en cours dans les murs du CCCOD. Et le tour du monde se poursuivra dès juillet 2017 avec la présence du Coréen Lee Ufan, connu partout dans le monde et notamment invité à exposer à Versailles en 2014. Ses œuvres sont extrêmement simples, ses sculptures sont en pierre ou en bois, sa peinture évoque des signes uniques, invoque le vide : « il travaille selon l’idée d’un mysticisme absolu. Il va à l’essentiel avec le minimum, ça ne paie pas de mine, et ce sera sa première exposition dans une institution française. »

A partir d’octobre 2017, notre curiosité nous ramènera sans doute vers la Nef du CCCOD avec ce que compte y implanter Klause Rinke. L’Allemand y installera une version rénovée de l’Instrumentarium qui avait pris place dans la fosse du Centre Pompidou de Paris en… 1985. Il s’agissait d’une sorte de machine à eau mélangeant les eaux du Rhin et de la Seine. En cours de réinvention, elle rassemblera cette fois les eaux de 7 fleuves autour de grandes jarres de vinaigre (la Loire en fera bien sûr partie, ainsi que le Danube). Une façon aussi de pousser à la réflexion sur les enjeux actuels autour de l’eau. Et ce ne sera pas la seule fois où la Nef verra renaître des œuvres marquantes, ce sera même régulier, et c’est une volonté de la direction tourangelle. En parallèle, on pourra découvrir une grande rétrospective de la scène artistique de la ville germanique de Düsseldorf, « d’où sort un artiste majeur par an. »

Dans un horizon plus lointain, en 2018, la Française Cécile Bart proposera un travail réunissant son art et ses passions de la danse et du cinéma dans la Galerie Noire : on y trouvera des toiles de couleurs sur lesquelles seront projetées des scènes de danse issues de vieux films. Une fusion entre l’art plastique, la danse et le 7ème art avec également un jeu autour de la lumière. Enfin, l’Espagnol Jordi Colomer s’emparera de la Nef pour un projet autour de l’architecture, de l’urbanisme et des gens. On aura largement le temps d’y revenir. Pour l’instant, retenez simplement les portes ouvertes du CCCOD le 1er week-end de décembre (à partir du 2) avec les grandes huiles d’Olivier Debré en restauration dans le Nef, puis la vraie ouverture le 10 mars 2017.

Olivier COLLET

Photo : huile noire par Per Barcley.