Tours

Hébergement d’urgence en Touraine : « les 100 places en plus ne suffiront pas »

Alors que la trêve hivernale vient de débuter et que le froid est annoncé pour les prochains jours, rencontre avec Thierry Gheeraert, directeur du pôle social et médical de l’Entr’Aide Ouvrière à Tours, afin de comprendre comment fonctionne le 115, le numéro d’urgence pour les SDF.

Comment fonctionne le 115 dans notre département ?

Le 115 est un numéro d’appel gratuit disponible majoritairement pour les personnes sans domicile fixe qui appellent pour être hébergées, et le 115 les oriente vers différents lieux d’accueil. Il est aussi accessible à tout citoyen qui verrait une personne en détresse dans la rue. En Indre-et-Loire cela fonctionne de 15h à 7h du matin, car nous ne sommes mis au courant des places disponibles qu’en début d’après-midi.

Combien de personnes se relaient au téléphone ?

5 salariés sont au standard. La qualité indispensable, c’est l’empathie pour les personnes qui appellent, et qui sont en détresse. Malheureusement, très souvent ils disent non. En ce moment on a une centaine de refus par jour. Un non compliqué à dire, notamment lorsque l’on a au bout du fil une mère avec des enfants ou des personnes en très grande souffrance.

Et combien de places d’accueil sont disponibles ?

Actuellement nous en avons 394 mais bon nombre d’entre elles sont bloquées car les gens restent plusieurs jours ou plusieurs semaines. En général, on en a entre 140 et 150. Certaines personnes doivent appeler tous les jours pour demander un lit. D’autres ont la chance d’avoir une place pérenne car nous avons plusieurs types d’hébergements d’urgence : du centre d’accueil de nuit jusqu’aux appartements où l’on reste plusieurs semaines. A partir du 14 novembre, nous aurons 35 places supplémentaires. D’autre part le préfet a annoncé la création de 60 autres places ce qui va donc augmenter quasiment de 100 places notre capacité d’accueil.

Est-ce que ce sera suffisant ?

Mathématiquement, on pourrait penser que oui. On est à peu près à 100 refus par jour et une centaine de places sont créées… On sait nous que cela ne suffira pas. Malheureusement, cela ne suffira jamais assez car le nombre de places qui augmente a tendance à entraîner un appel d’air de personnes sans domicile fixe. Mais on fera avec, on fera notre maximum. Notamment avec les dispositifs prévus en cas de grand froid, de tempête, dans des gymnases. Dans ces moments-là, l’exigence du préfet c’est zéro personne dehors.

Il y a donc une centaine de personnes qui dorment à la rue chaque nuit à Tours ?

On pourrait penser que oui mais on sait aussi que la solidarité joue et que des habitants hébergent certaines d’entre elles. Mais c’est vrai qu’il y a des dizaines de personnes qui dorment sous des tentes en bord de Loire, dans des caves ou dans des cages d’escalier. Il y a des personnes qui refusent aussi d’appeler le 115 parce qu’on leur a trop souvent dit non ou qu’elles connaissent trop bien les hébergements d’urgence et ne veulent pas y retourner. On a aussi des personnes tellement désocialisées qu’elles ne font plus cette démarche. Là, notre rôle à l’Entr’Aide Ouvrière, c’est d’aller auprès d’elles via nos maraudes avec La Croix Rouge pour recréer du lien social et les amener à revenir vers des hébergements. Des maraudes qui ont lieu toute l’année et que l’on renforce pendant la journée en période hivernale. Nous recherchons d’ailleurs des bénévoles pour y participer.