Tours

Ça mousse pour BioLao

Une étudiante tourangelle a inventé un savon biodégradable en poudre et a été primée pour ça. Une petite révolution pour la salle de bain et les voyageurs ?

La question arrive en fin d’interview, à se demander pourquoi on ne l’avait pas posée avant : « ça signifie quoi BioLao ? » Joséphine Moisson répond : « c’est pour le Laos. Je suis partie trois mois là-bas et mon projet est né grâce à ça. » Son projet ? Celui d’un savon biodégradable, écologique, sans produits de synthèse. « Lors de mon voyage j’ai vu tout ce qu’ils déversaient dans l’eau… Toutes les eaux usées de l’hôtel finissaient dans la rivière... » Ajoutez à cela un débat qui monte en France sur la toxicité des produits cosmétiques : « on parle de plus en plus des méfaits des conservateurs… Il y en a dans tous les produits, même les bio. Les seuls où il n’y en a pas ce sont les savons de Marseille et d’Alep mais ils ne sont pas toujours pratiques à utiliser ou leurs odeurs ne conviennent pas à tout le monde. »

Joséphine, attirée par les produits de bain depuis sa plus tendre enfance, est donc convaincue : il faut une solution. La jeune femme de 24 ans, titulaire d’un BTS esthétique et cosmétique, et qui a repris ses études à l’IMT des Deux-Lions de Tours après deux ans passés dans un labo, part donc en quête d’une formule inédite : ce sera un gel douche en poudre à base de fruits (mais elle ne veut pas encore dire lesquels) et d’agents nettoyants. Et c’est tout. Suffisant néanmoins pour lui permettre de repartir avec une troisième place au concours des jeunes inventeurs de Monts et deux médailles d’argent et d’or du concours Lépine à Strasbourg il y a quelques semaines en attendant les résultats d’un appel à projets de la Banque Publique d’Investissement. Des grandes marques lui ont également proposé des rendez-vous en marge d’un salon qui aura lieu à Paris les 13 et 14 octobre.

Afin de poursuivre sur leur lancée, Joséphine et BioLao viennent d’initier une campagne de financement participatif dans l’objectif de récolter 12 000€. Une somme qui permettra de préparer la mise sur le marché de leur savon : « si tout va bien il sera en vente dans un an », mais les étapes sont longues à cause d’une batterie de tests réglementaires obligatoires. Cela permet néanmoins à la jeune entrepreneuse de travailler sur le packaging de son savon avec un ami engagé avec elle dans cette aventure : Pierre, issu de l’école de design de Nantes Atlantique. Il planche actuellement sur l’élaboration d’un bouchon capable de verser pile la dose de poudre qu’il faut pour se laver les mains. Car comme personne n’a l’habitude d’utiliser ce genre de gel douche, impossible de deviner quelle dose est nécessaire, d’autant que celle-ci est toute petite.

Autre problème à régler : il faut un emballage suffisamment hermétique pour que la poudre ne soit pas en contact avec l’humidité dans la salle de bain. Mais en dehors d’une utilisation à domicile, Joséphine, Pierre et leur commercial Rémy voient aussi BioLao comme un must pour les baroudeurs ou dans des pays où le réseau de traitement des eaux usées n’est pas développé, tout simplement parce que ce produit peut permettre de se laver sans polluer. Joséphine Moisson collabore d’ailleurs avec un médecin de l’association Mission Enfants 2000 (le Dr Genies) qui part prochainement au Cambodge pour un voyage humanitaire.

Concernant le coût d’un flacon de savon biodégradable, la jeune tourangelle l’évalue à « 10-12€ pour deux mois d'utilisation ». Si le succès est au rendez-vous, elle imagine déjà mettre au point toute une gamme de cosmétiques en poudre, comme du dentifrice ou du shampoing.

Olivier COLLET