Tours

Christina Goh : une voix en fusion

La chanteuse vient de sortir un nouveau single enregistré entre Tours et Boston.

Christina Goh vit à Tours depuis cinq ans et elle a une jolie expression quand elle parle des habitants de sa ville de cœur. Ils lui font un peu penser « à des fondants au chocolat », parce qu’il faut briser leur coque avant d’accéder à leur cœur chaleureux. Chaleureuse, elle l’est aussi Christina. A presque 40 ans, celle qui est à la fois auteur, poète et compositrice porte en elle une histoire singulière, celle d’une chanteuse-voyageuse qui se définit comme « citoyenne du monde. » Née à Paris d’un père ivoirien et d’une mère martiniquaise, elle est partie vivre en Côte d’Ivoire à l’âge de 2 ans et y a passé son bac avant de poser ses valises à Marseille, à Paris, en Martinique et enfin à Tours.

Sa voix, Christina l’a découverte un peu tard, ce qui ne l’empêche pas d’exploiter au maximum ses qualités aujourd’hui. « Plus que chanteuse, j’aime bien dire que je suis vocaliste. Sur scène, j’utilise ma voix, le souffle… Je me sers de mon instrument vocal de plusieurs manières, et pas toujours avec des mots intelligibles. » Ses premiers souvenirs de chant remontent à son enfance : « ma mère me demandais de chanter mais je râlais. Puis, à la vingtaine, je me suis inscrite un peu par hasard à la chorale pendant mes études de psychologie à l’université d’Aix-en-Provence. C’est comme ça que j’ai découvert le plaisir de chanter, en interprétant le répertoire classique. C’est une expérience qui m’a beaucoup plu mais je ne pensais pas avoir une voix de soliste. »

Christina Goh prend le temps mais suit son instinct. De retour en Côte d’ivoire pour travailler, elle démissionne rapidement : « le chant me manquait. C’était devenu un désir intrinsèque. Alors j’ai commencé à chercher un groupe sur place pour faire de la chanson française. Mais à cette époque, celle du coup d’Etat de 1999, les chansons à texte n’étaient pas souhaitées dans le pays. On demandait plus des chansons pour mettre l’ambiance. Je me suis donc installée dans la rue pour chanter et j’improvisais. J’ai exporté le concept des chanteurs du métro que j’avais découvert à Paris et je suis allée près d’une gare de camionneurs. C’est là que j’ai développé mon coffre pour couvrir le bruit des moteurs. »

A cette période, « je ne chantais pas pour l’argent mais pour le besoin » explique Christina Goh. Elle finit par partir en Martinique, sort son premier album en 2003, « j’ai remonté progressivement les échelons. J’ai commencé à être sollicitée pour des festivals, des concerts en métropole. » A force de chanter dans l’hexagone, elle songe à s’y installer et rejoint donc son frère à Tours en 2011 : « ici j’ai rencontré et collaboré avec des musiciens de valeur. De vraies histoires d’amitié sont nées. »

L’amitié est aussi à l’origine de son nouveau projet apparu sur le net récemment et dont la sortie officielle est prévue ce vendredi 30 septembre. Ca s’appelle Hors Format, Oversize en anglais. « C’est une collaboration avec Catherine Capozzi, une guitariste américaine qui fait de la musique psyché et rock. Nous nous sommes rencontrées au Québec, lors du festival international de percussions de Montréal l’an dernier. On a commencé à improviser sur scène… Et puis on a gardé le contact. » Suite à leurs échanges, une chanson est apparue, enregistrée entre Tours et Boston, aux Etats-Unis. Un titre co-écrit par les deux artistes, interprété en français par Christina. « C’est une chanson à cheval sur plusieurs styles, psyché, surf-rock, jazz manouche… Mais moi aussi je suis entre plusieurs influences : jazz, blues, chanson, afro… On n’arrive jamais à nous classer c’est le côté atypique de nos carrières. »

De fait, Hors Format est complexe à analyser mais fort en émotion. Un titre festif, énergique et lyrique, avec une ligne de guitare tout simplement exceptionnelle, renforcée par des percussions dynamiques et sublimée par des notes endiablées capables de donner des frissons. « C’est une chanson pour laquelle on a repoussé nos limites et nos frontières. On a exploré une musicalité que nous n’avions encore jamais tenté. Nous avons travaillé pendant 10 mois, je crois que je n’ai jamais mis aussi longtemps pour créer un titre. Ce que nous voulions c’est aller en profondeur dans nos univers, ne rien trahir. Et je crois que nous avons réussi cette fusion. Hors Format, c’est l’image d’un volcan. C’est aussi les deux faces d’une même pièce. »

De cette collaboration est également né un autre morceau, Sans Temps, sur le thème de la différence. Des concerts pourraient suivre en 2017, à Paris ou à Tours. Mais comme Christina Goh suit toujours plusieurs buts à la fois, son actualité est riche : elle vient de sortir un single live, Je t’ai vu, et travaille sur un projet mêlant théâtre et percussions qui sera présenté à Paris en janvier.

Olivier COLLET / Photos : Claire VINSON

Découvrez le titre Hors Fomat en vidéo :


Hors format ft Catherine Capozzi - Christina Gohpar christinagoh