Tours

Etat d’urgence en Indre-et-Loire : événements menacés et militaires en renfort

Une dizaine d’individus fichés par les services de renseignements « posent problème » en Touraine.

« Les consignes données après les attentats du 13 novembre doivent être respectées. » Martial, comme à son habitude, le préfet d’Indre-et-Loire a tenu à mettre les choses au clair ce vendredi lors d’un point sur les mesures de sécurité prévues dans le département, en particulier suite à la tuerie de Nice le soir du 14 juillet. Entre les lignes, il ne suffit pas de se cacher derrière le renforcement des patrouilles de police et de gendarmerie voire de l’appui des militaires, tous les acteurs doivent y mettre du leur, les maires et les responsables de centres commerciaux ont ainsi été cités en exemple, car ils sont en première ligne.

« J’ai demandé à tous les maires de me signaler les événements à forte affluence prévus dans leurs communes en liaison avec les organisateurs. S’ils doivent rassembler plus de 2 000 personnes, il y aura une réunion spécifique sur la sécurité que je présiderai en personne. Si nous ne sommes pas en mesure d’atteindre le niveau de sécurité nécessaire, l’événement sera annulé comme cela a été le cas ces derniers jours à Paris (du cinéma en plein air, notamment, ndlr). » Parmi les rendez-vous clairement dans le viseur : Aucard de Tours is not Dead (jusqu’à 2 500 personnes sur l’Île Aucard), les festivités du 15 août (attroupements en sortie de messe), la Braderie de Tours, le Marathon… « Je n’engagerai pas la sécurité du public si j’estime qu’un événement n’est pas assez sécurisé » tonne Louis Le Franc. Les élus sont prévenus.

Des patrouilles de militaires en ville

Pour la Foire à l’Ail prévue ce mardi 26 à Tours, pas de menace, un dispositif adéquat a été prévu. Mais pour plus tard… « il y a un sujet ‘Braderie de Tours’, il y a aussi un sujet ‘Marathon de Tours’ » explique le représentant de l’Etat qui a bien conscience des conséquences de l’annulation éventuelle de ce type de manifestation mais va devoir gérer le déploiement des effectifs en fonction des lieux et des événements partout dans le département, sans pour autant négliger les missions courantes (contrôles routiers, lutte contre les cambriolages…). Il faudra peut-être faire des choix.

Les grands événements ne sont pas les seuls points sensibles. « nous allons porter une attention particulière sur les châteaux, tous les lieux de culte ou des villes comme Amboise et Chinon. La menace existe ici comme partout même si, je le redis, l’Indre-et-Loire n’est pas l’épicentre du terrorisme. Dans le département, une centaine de personnes ont eu une fiche S, une cinquantaine sont fichés actuellement. Certaines ne présentent pas de grand danger pour une dizaine d’individus, c’est autre chose. Ils posent problème » détaille Louis Le Franc.

Dans le cadre de la prolongation de l’état d’urgence jusqu’en janvier 2017, il pourrait de nouveau avoir recours aux perquisitions administratives ou aux assignations à résidence : « chaque fois qu’on l’a fait [ces derniers mois] on a eu de bonnes raisons de le faire » rappelle le préfet, citant l’exemple de l’homme d’origine tchétchène qui préparait une attaque contre des policiers tourangeaux et interpellé au Sanitas.

Des formations extraordinaires pour la réserve opérationnelle

« En bonne santé mais fatigués » les fonctionnaires de police et les gendarmes tourangeaux vont recevoir le renfort de militaires dès mercredi prochain. 120 hommes seront répartis sur les départements d’Indre-et-Loire, du Maine-et-Loire et de la Sarthe (ils devraient être autour de 70 en Touraine) sans que l’on connaisse encore l’origine de leur régiment : « 2 000 à 2 500 soldats ont été rappelés de permission dans tout le pays » a précisé le Général Lauzier : « les militaires ne seront pas seulement là pour faire de la présence mais aussi pour une mission d’information, de renseignement et de sécurisation. On a le droit d’être surpris mais pas d’être démuni. Qu’on soit à Gao au Mali ou à Tours, ce sont les mêmes soldats qui patrouilleront dans les rues. L’ennemi est le même, avec les mêmes convictions et la même capacité de nuisance. » C’est donc bien avec des armes de guerre que les hommes marcheront dans les sites sensibles de Tours, une première depuis juin 2015.

De son côté, la gendarmerie parie sur la réserve opérationnelle (des citoyens volontaires pour remplacer ponctuellement les gendarmes) : « des formations extraordinaires sont prévues au mois d’août. Auparavant on avait 3 à 4 candidatures par semaine, là on en a pratiquement eu 80. » Les personnes intéressées doivent avoir entre 17 et 40 ans. Leur formations durera 4 semaines (à Orléans).

Olivier COLLET

Des centres commerciaux qui ne jouent pas le jeu

Le préfet d’Indre-et-Loire a été particulièrement sévère envers les responsables de centres commerciaux du département : « la garde a été baissée depuis les attentats du 13 novembre. Je vais donc réuni les responsables de centres commerciaux la semaine prochaine pour faire le point avec eux. » En effet ces derniers mois, il n’y avait plus nécessairement de contrôles aux entrées des zones commerciales qui restent des lieux très fréquentés. La gendarmerie annonce d’ailleurs qu’elle va y renforcer ses patrouilles.