Tours

Graffs contre tags sur le Haut de la Rue Nationale

Les palissades du chantier des hôtels Hilton où s'affichaient divers slogans ont été recouvertes par des artistes puis à nouveau taguées.

La mairie de Tours a-t-elle voulu cacher aux yeux des touristes et des Tourangeaux des slogans qui la dérangent sur la palissade du chantier des hôtels Hilton en haut de la Rue Nationale ? C'est ce que pensent certains qui crient au scandale voire à la censure alors que vendredi soir, dès 19h, des artistes qui ont fait du graff leur métier ont entrepris de recouvrir les tags hostiles à la loi Travail, prônant l'anarchie ou tentant un brin de philosophie qui avaient été inscrits là ces dernières semaines, sur un autoproclamé "mur d'expression libre".

Résultat : comme vous le voyez sur nos photos, les jolies représentations à dominante marine ont été taguées dans le courant du week-end avec des slogans particulièrement équivoques type "49-3 de nuit" où des phrases hostiles au maire Serge Babary (certains sont même assez vulgaires...).

"Ce n'est pas correct pour les artistes, ce sont les actes de personnes qui ne sont pas sensibles à cet art et ne le respectent pas. C'est absurde et la population ne comprend pas" réagit l'adjointe au maire en charge de la culture, Christine Beuzelin. "Il y a un code tacite dans le street art : on ne recouvre pas sauf si l'on pense que l'on peut faire mieux" rappelle pour sa part Bruno Longchamp, le directeur des affaires culturelles de la ville. Et même si l'art est affaire de subjectivité, et avec tout le respect que l'on doit à la liberté d'expression, franchement, ces nouveaux slogans ne valent pas les poissons stylisés qu'ils dénaturent...

Pour tenter de couper court à la polémique, Bruno Longchamp rappelle aussi que l'intégration du street art dans l'espace urbain de Tours fait partie intégrante du projet culturel de la ville présenté fin 2015, c'est d'ailleurs dans ce cadre que Chanoir avait décoré une façade des anciennes terrasses du Haut de la Rue Nationale avant la démolition des bâtiments : "on voulait tester l'endroit et voir si ça marchait." D'autres lieux sont d'ailleurs en cours de recensement pour y créer d'autres oeuvres (on pense à l'actualisation des murs bordant les voies SNCF Rue Edouard Vaillant, à l'Ilot Vinci, aux abords de l'autoroute...).

Pour la décoration des palissades d'Anatole France par des graffeurs, et toujours d'après la municipalité, le projet ne date pas d'hier, et n'est pas non plus né en réaction aux tags des manifestants : "avec Bob Jeudy de l'association Le MUR et Mathieu Plume de Traits Sauvages nous voulions continuer quoi qu'il arrive et on a eu un vrai coup de coeur pour cette place, car c'est vraiment un lieu visible pour les gens" poursuit Bruno Longchamp. Coût de l'opération pour la mairie : environ 5 000€ pour rémunérer les 9 artistes invités (des Tourangeaux, mais pas que).

Alors si c'était prévu, pourquoi l'avoir fait de nuit ? "Ce n'était pas pour se cacher mais dans un esprit de performance" nous dit Bruno Longchamp. Peut-être que si cela avait été annoncé en amont, la pilule serait mieux passée ? "De toute façon ce sont des palissades de chantier, elles n'ont pas vocation à devenir un lieu d'expression libre. Ils se les sont appropriées" argumente pour sa part l'élue Christine Beuzelin, rejointe par le directeur des affaires culturelles : "les messages sont restés là plus d'un mois, c'est de l'éphémère, ça perd vite de son actualité."

Sur les réseaux sociaux, les messages désapprouvant la dégradation des tageurs se font nombreux. Le truc, c'est que la ville, dont on loue plutôt l'intention d'avoir voulu égayer ces tristes barrières de chantier, se retrouve prise dans un piège faute de communication en amont, et alors même que la loi Travail et le 49-3 ce n'est pas vraiment de son ressort. Elle n'envisage pas de porter plainte mais des artistes seraient en droit de le faire.

Dernière question : les palissades vont-elles désormais rester ainsi tout l'été ? La mairie avait, quoi qu'il arrive, prévu de les remplacer par des panneaux expliquant le chantier à partir de la rentrée. Sauf que si elles sont à leur tour taguées, ça va commencer à devenir compliqué (et cher)... Faute de "place" sur "le mur d'expression libre", certains ont déjà écrit sur le sol, ce qui fait une facture de nettoyage en plus à prévoir. Dans cette affaire, les tageurs qui dénoncent les abus des institutions sont aussi les premiers à gaspiller de l'argent public. Leurs premiers messages, c'était le reflet d'une certaine humeur de la population, une expression de démocratie qui méritait d'être vue par tous pour que chacun y réfléchisse. L'initiative était bonne et inspirante. Mais il faut savoir passer à autre chose.

Olivier COLLET