Tours

Tours s’inspire des Bretons et de Nancy pour devenir métropole

L’agglomération est entrée en opération séduction auprès du gouvernement.

« Si Tours veut compter, il faut être métropole. C’est dans les métropoles que l’Etat mettra le peu d’argent qu’il a. Par exemple s’il faut acheter du nouveau matériel pour le CHU, si nous passons seulement en communauté urbaine, on n’aura rien du tout. » Le maire de Tours Serge Babary s’alarme. Le projet de transformer l’actuelle communauté d’agglomération Tour(s)Plus en métropole est devenu la priorité N°1 pour réveiller la belle endormie, parce que l’accès à ce statut ouvrirait potentiellement le robinet à crédits de l’Etat et quand on sait qu’ici la tendance est plutôt au tassement des investissements (au mieux), on comprend bien le discours de l’élu, ou du moins son espoir.

Tours qui devient métropole, c’est aussi une question d’égo : « L’ambition, c’est de recoller au peloton des 15 métropoles qui comptent. Il y a 20 ans on parlait du trio Tours-Montpellier-Grenoble. Les deux autres ont pris de l’avance » dit aussi Serge Babary qui faisait partie d’une délégation d’élus reçue par le ministre de l’aménagement du territoire Jean-Michel Baylet cette semaine. « La Touraine est mobilisée avec la méthode bretonne : c’est-à-dire se mettre ensemble pour défendre notre territoire » explique le maire de Tours. En clair, droite et gauche dans le même bateau pour plaider la cause de la ville (à Paris il y avait aussi Jean-Patrick Gille, Philippe Briand, Jean-Gérard Paumier, Mélanie Fortier). Et si Tours prend exemple sur la Bretagne, ce n’est pas totalement un hasard. Candidate à l’obtention du label French Tech, Brest l’a obtenu, elle.

Les élus tourangeaux regardent aussi vers l’Est, plus précisément vers Nancy. Là-bas l’Etat a dit ok à la métropole alors que tous les critères n’étaient pas forcément réunis. En théorie le plus important ce sont les 400 000 habitants sur l’aire urbaine. Tours en a 297 000. Sinon, ça peut aussi marcher avec 400 000 emplois dans le bassin de vie, « Tours en compte 525 000 » nous dit Serge Babary. « On considère que l’on a les atouts nécessaire : un centre de congrès, un aéroport, une gare TGV, une université… Après Nantes et Rennes, Tours serait la 3ème métropole du Grand Ouest, la seule au centre du pays. Ca permettrait de résoudre un problème d’aménagement du territoire si l’on considère que la métropole est un élément de rayonnement pour tout un territoire. »

En gros, Tours apporterait à l’Etat la solution à son problème de déséquilibre régional (les technocrates parisiens apprécieront). Sauf que Dijon et Orléans ont aussi le même objectif. Ces deux villes espèrent également devenir des métropoles mais elles ont encore moins d’arguments à faire valoir que Tours. Alors elles tentent de passer par la loi en utilisant leur statut de capitale régionale : « c’est bien parce qu’elles n’ont pas les critères qu’elles tentent de passer par cette voie-là » appuie bien Serge Babary qui, pour ne pas trop froisser les voisins orléanais, précise aussi : « il y a de la place pour deux métropoles en Centre-Val de Loire. » Et ça, il faut que Manuel Valls en soit convaincu. D’où l’appel des élus de droite au pouvoir en Touraine pour que les amis de circonstance de gauche (Jean-Patrick Gille et la ministre tourangelle Marisol Touraine en tête) usent de leur poids auprès du premier ministre. Une demande de rendez-vous est en attente.

Pendant ce temps-là, les détails pratiques se préparent : lundi, le conseil municipal de Tours devrait accepter le principe du passage en métropole et des discussions ont déjà commencé avec le département pour que la future institution lui reprenne certaines compétences, en l’occurrence le fonds de solidarité logement, l’aide aux personnes en difficulté et la prévention spécialisée. La future métropole tourangelle s’occuperait aussi de la voirie, aurait son mot à dire sur les gares et se chargerait de la gestion de l’eau à 2020. Un pouvoir centralisé bien français avec tous les atouts pour montrer ses muscles. L’entraînement a commencé.

Olivier COLLET