Tours

Place Velpeau : un projet de réaménagement du stationnement qui tombe à l’eau

L’apprentissage de la démocratie participative par la mairie de Tours.

En organisant une réunion publique au sujet de l’emplacement des places de parking de la Place Velpeau, les adjoints au maire de Tours Louis Aluchon et Yves Massot – respectivement en charge des quartiers Est de Tours et de la circulation – savaient bien, au fond d’eux, qu’ils ne réussiraient pas à mettre tout le monde d’accord. Mais ils ne pensaient pas qu’ils devraient carrément battre en retraite et renvoyer leur projet aux oubliettes suite à un vote à main levée.

L’histoire commence il y a plusieurs mois alors qu’un enfant a failli se faire percuter par une voiture. Louis Aluchon reçoit une pétition « signée par 250 parents d’élèves » des écoles entourant la place pour se plaindre des automobilistes qui ne respectent pas le plan de circulation et traversent ladite place alors que c’est interdit. L’élu engage alors une réflexion pour réaménager le stationnement et faire en sorte que les conducteurs ne soient plus tentés de rouler au milieu et repartent directement sur la rue. Une première ébauche du projet a été présentée en CVL (Conseil de Vie Locale, où siègent habitants et élus) puis retravaillée afin de proposer aux riverains plusieurs scénarios en vue de faire 10 000€ de travaux cet été et changer les choses pour éviter un drame.

Les schémas proposés prévoyaient entre 78 et 127 emplacements tout autour de la place, mais organisés « en épi » c’est-à-dire obligeant les automobilistes à se garer en marche arrière. Dans un cas, il y avait moins de parking mais plus d’espace au milieu pour que les enfants jouent, et dans l’autre cas plus de places mais une aire centrale moins grande. Et dans chaque scénario, le parking payant situé à l’Ouest au bord du jardin devenait gratuit (car ses 28 places « ne sont utilisées qu’à 4% » d’après la mairie).

Ces réaménagements ont été imaginées par les services pour répondre à la fois aux besoins des habitants, à ceux des parents déposant ou venant chercher leurs enfants ainsi qu’aux désidératas des commerçants installés autour. Sacrée équation car le problème, c’est qu’il y avait en plus tout un tas de contraintes à respecter : ne pas abattre d’arbres, ne pas mettre de chaînes « parce que les gens se prennent les pieds dedans et que la nuit c’est risqué pour les vélos », ne pas laisser trop de mobilier urbain, « parce qu’il est volé. 15 plots ont été retrouvés lors d’une perquisition chez un habitant du quartier l’an dernier » (oui, oui… Apparemment certains trouvent rigolo de voler des plots et de les garder dans leur garage) et enfin il fallait un projet qui ne pénalise pas les commerçants des marchés qui ont besoin d’espace pour installer leurs véhicules sur la place le jeudi ou le dimanche. Bref, un beau casse-tête.

Pendant la réunion, qui a duré 1h30 ce 9 juin, ça s’est joué à qui crierait le plus fort : ceux qui ne voient pas de véhicules passer au centre de la place contre ceux qui en observent « jusqu’à 12 par jour » par exemple. Autre match : entre ceux qui râlent parce qu’ils ne savent pas se garer en marche arrière « à cause de [leurs] rhumatismes » et ceux qui pensent qu’il n’y a que ça d’efficace pour éviter les accidents. Encore ? Affrontement entre ceux qui veulent un maximum de places et ceux qui pensent qu’il en faut moins et forcer les salariés travaillant au Champ Girault à stationner ailleurs (genre au parking Vinci). Un joli match de ping-pong, des joutes verbales s’ajoutant à des projets présentés de manière confuse par les élus et les services. Résultat : au moment du vote une majorité s’est prononcée pour… un quasi statu quo, en rajoutant simplement un marquage au sol indiquant qu’il est interdit de rouler au centre de la place.

Dégoûté, en colère, Louis Aluchon a accepté le verdict non sans craindre qu’il finisse par y avoir un accident et menaçant de laisser finalement le parking payant de 28 places en l’état (à débattre). Le rendez-vous est donné dans plusieurs mois, sans doute un an, histoire de faire un bilan. Mais on sait déjà que d’autres sujets seront sur la table d’ici là car ils ont été soulevés lors de la réunion : la réinstallation de jeux dans le jardin Velpeau, une meilleur signalisation de la zone 30, plus de stationnement pour les vélos, une nouvelle zone payante plus près des commerces pour que l’on trouve plus facilement des places disponibles… Autant de délicieux débats en perspective. En attendant, la ville a économisé 10 000€.

Olivier COLLET