Tours

2 manifestants tourangeaux portent plainte pour violences policières

Une manifestation pour les soutenir est prévue ce mercredi à 9h.

Ils ont conscience de s’engager dans un combat difficile, et espèrent l’ouverture d’une enquête de l’IGPN (la police des polices). Vendredi, au lendemain de la dernière manifestation contre la loi Travail organisée à Tours, Léonard et Marion ont porté plainte pour coups et blessures de la part des policiers qui ont chargé le cortège à hauteur du Pont Mirabeau. Ces deux jeunes (l’un est ouvrier, l’autre étudiante en sociologie) font partie des forces vives du mouvement entamé il y a près de trois mois et racontent leur version des faits…

Marion : « j’étais en train de porter assistance à une femme qui faisait une crise après avoir respiré les gazs des bombes lacrymogènes. Elle a failli sauter du pont, elle était en panique totale. J’avais un brassard avec une croix et c’est là que j’ai reçu un tir de grenade dans le mollet droit. L’origine de la blessure a été confirmée par un médecin du CHU Trousseau et par le médecin légiste que j’ai vu lundi après le dépôt de plainte. J’ai eu un jour d’ITT (interruption temporaire de travail, ndlr) »

Léonard : « j’ai reçu trois coups de matraque sur l’avant-bras gauche et un projectile dans le dos, un éclat métallique. J’ai eu 5 jours d’ITT et 10 jours d’arrêt. J’ai également été insulté par un policier qui m’a dit ‘ferme ta gueule, recule’ alors que je lui parlais respectueusement. »

Outre les violences qu’ils estiment injustifiées dans le cadre d’une manifestation qu’ils décrivent comme « festive et pacifique », les deux jeunes dénoncent aussi la volonté d’intimidation des policiers : « lundi, nous avons reçu une convocation dans le cadre d’une enquête pour des faits d’attroupements après sommation » explique Léonard qui se rendra – avec le bâtonnier du barreau de Tours et son amie – au commissariat ce mercredi matin à 9h30 pour être entendu mais fait déjà une mise au point : « nous ne pouvions pas être concernés par ce qui s’est passé Place Anatole France vers 14h car à 13h50 nous étions admis aux urgences, et le certificat médical le prouve. »

Afin de dénoncer les violences policières et « le zèle sans précédant du préfet Le Franc », le Parti Communiste 37 appelle de son côté à un rassemblement Place de la Préfecture à 9h, « et nous en avons informé les autorités » souligne le parti pour répondre aux propos du représentant de l’Etat qui déplorait les manifestations non déclarées : « nous informons, nous ne déclarons pas. » Les militants demandent à ce qu’une délégation soit reçue « pour que cesse la violence et la répression. On assiste à une dérive sécuritaire, le gouvernement est aux abois, il ne s’attendait pas à une telle résistance. Ces violences sont inacceptables. Le 26 mai il y a eu plus de 100 projections de grenades au Pont Mirabeau. Une dizaine de personnes ont été blessées, 3 interpellées et une condamnée à 9 mois de prison ferme » dénonce encore le PC soutenant participer à des rassemblements « responsables, sans heurts ni violences. »

Espérant recentrer le débat sur le cœur du problème (la loi Travail, dont ils veulent le retrait), les opposants au texte tourangeaux estiment également qu’il n’y a pas de provocation de leur part, y compris lorsque le parcours des rassemblements n’est pas déclaré dans sa totalité, qu’ils se dirigent vers le Pont Mirabeau et potentiellement l’autoroute laissant présager un blocage ou qu’ils occupent de manière prolongée la Place Anatole France : « en France on a encore le droit de manifester, on ne peut pas ignorer 4 000 personnes dans la rue. »

Un dialogue de sourds à quelques heures d’une nouvelle mobilisation prévue ce jeudi à 10h au départ de la Place de la Liberté, et pour laquelle les syndicats espèrent ne pas voir la Brigade Anti Criminalité, même si c’est plus au préfet donneur d’ordres qu’aux agents qu’ils semblent surtout en vouloir, évacuant par ailleurs la question de savoir s’ils répondront aux sommations de dispersion qui se produiraient éventuellement dans la journée, rejetant la responsabilité sur les syndicats. Le défilé pourrait donc être tendu, au risque de faire des étincelles…

Olivier COLLET