Tours

Des chaises vides pour dire non au maire de Tours

Une partie de la majorité a été choquée par le traitement réservé au nouveau directeur de cabinet de Serge Babary et elle l’a montré.

Il n’est toujours pas arrivé, son nom n’est pas officiellement annoncé, pour la population c’est loin d’être la première des préoccupations… Et pourtant qu’est-ce qu’on en parle du nouveau directeur de cabinet du maire de Tours ! Pourquoi ? A cause de ses avantages. Ainsi, lundi soir lors du conseil municipal, l’opposition s’est lâchée en critiquant le fait que la municipalité compte lui octroyer une voiture de fonction et un logement de fonction (rappelons que c’est prevu par la loi).

Mais il n’y a pas qu’à gauche que cette dépense « prévue au budget 2016 » (dixit le texte de la délibération) passe mal. Même dans l’équipe LR-UDI il y a eu un gros malaise. Au point qu’au moment de voter le point N°16 de l’ordre du jour, une dizaine d’élus avaient quitté la salle du conseil pour une pause pipi commune. Du coup, ils n’ont pas pris part au vote. Une dizaine d’élus, sur 42 membres de la majorité. En même temps. Ca fait beaucoup pour que ce soit une simple coïncidence.

« Ce n’était pas concerté » jure un élu contacté après coup. Sur les images de la vidéo de la séance mise en ligne sur le site de la ville, on voit clairement qu’entre le début de la discussion et le moment du vote, l’assemblée s’est vidée. Danielle Oger, Thibault Coulon, Sophie Auconie, Lionel Béjeau, Aurélie Ossadzow, Edouard De Germay, Brice Droineau, Cécile Chevillard… Tous partis !

Mais alors pourquoi ce départ groupé ? Les élus mal à l’aise avec cette décision auraient pu faire comme l’opposition : voter contre. Ou s’abstenir. Ou au moins prendre la parole pour émettre des réserves. Mais c’aurait été afficher au grand jour ce désaccord et ce n’était pas le but. L’objectif, c’était de montrer au maire et à son équipe que sa méthode dérangeait jusque dans ses rangs. Plutôt réussi puisque l’actuel directeur de cabinet (que le maire défini comme un chef de cabinet, alors que c’est bien le mot « directeur » qui est inscrit sur sa carte) aurait tenté de les rattraper, sans succès.

En fait tout aurait commencé jeudi dernier. Alors que Serge Babary était en déplacement à Jérusalem, la majorité se réunit pour préparer le conseil municipal sous la présidence du 1er adjoint. Jacques Chevtchenko déroule l’ordre du jour mais ne détaille pas le point N°16. Premier accroc. Lundi, dans l’après-midi, c’est cette fois le maire qui réunit son équipe pour leur expliquer la délibération, et leur annoncer du même coup l’arrivée de ce nouveau directeur de cabinet en provenance d’Arcachon. Et voici comment il justifie les avantages accordés à ce nouveau collaborateur : « si on ne fait pas ça, on n’aura pas de directeur de cabinet à la hauteur de la ville de Tours. »

« Ce n’est pas indispensable comme dépense. C’est un poste bien payé qui n’a pas besoin de logement de fonction » s’agace-t-on dans les rangs de la droite tourangelle. « S’ils veulent les avantages du privé, qu’ils aillent dans le privé » s’emporte une autre personne absente au moment du vote. « C’est un poste politique donc il y a une notion d’exemplarité » dit-on encore… En fait, avec cette décision, les élus qui ont quitté la salle ont l’impression de trahir leurs promesses de campagne et le slogan « servir sans se servir. » C’est aussi un retour en arrière après la baisse des indemnités des élus. De plus, octroyer un logement de fonction au directeur de cabinet va obliger à louer… dans le privé. Quant à la voiture de fonction (utilisable même pour les déplacements privés) c’est trop pour certains « alors qu’il y a plein de véhicules de service à la mairie. »

Le maire a beau se défendre, cette décision semble avoir créé une grosse fracture dans son équipe. Parce que la politique, c’est une question de symboles. Et c’est difficile de dire tous les matins que la ville est pauvre en rajoutant des dépenses dont on se passait jusqu’ici. Voilà pourquoi certains ont préféré la chaise vide. Reste à savoir si cette première manœuvre publique de colère sera suivie d’autres de la part d’élus qui ont pour certains des divergences importantes avec le maire et ses proches (l’éviction de Thibault Coulon et de Sophie Auconie de la liste des régionales avait déjà entraîné des remous). En coulisses, et depuis plusieurs mois, Serge Babary a la réputation d’un maire qui prend des décisions seul, sans vraiment concerter. Le voilà aujourd’hui défié par une partie de son équipe. Il risque de devoir composer s’il veut éviter de véritables éclats de voix.

Olivier COLLET

Photo : la salle du conseil au moment du vote.