Tours

Les représentants du culte musulman formés aux valeurs de la République

Des cours mis en place par l’Université de Tours.

C’est une idée venue tout droit du ministère de l’intérieur au printemps 2015, dans le contexte post-attentats à Charlie Hebdo et à l’Hyper Casher : craignant la radicalisation des fidèles musulmans dans les mosquées françaises, il a voulu former les imams et les représentants d’associations représentant la religion musulmane aux valeurs de la République, autrement dit pour qu’ils puissent s’en inspirer ensuite au quotidien. Des crédits financiers ont donc été débloqués pour cela, y compris en Indre-et-Loire. Ancien doyen de l’université de Tours, le professeur émérite de droit public Jean Rossetto se souvient : « ce n’était pas du tout prévu. Le préfet a appelé le président de l’université qui m’a appelé ensuite. » « Ca prouve l’intérêt de l’Etat pour la religion musulmane » poursuit-il, dans un pays où le nombre de mosquées progresse : 2 000 aujourd’hui (pour 39 000 églises) selon Pierre Boisseau, également professeur et maire adjoint chargé (notamment) des cultes à Blois.

Jean Rossetto contacte alors plusieurs de ses confrères et à 5 ils mettent en place une formation d’une trentaine d’heures débutée en février à la fac de droit des Deux-Lions et qui va prendre fin dans quelques jours avant un bilan avec le préfet et les élèves le 14 juin. Au programme : fiscalité, urbanisme, financement des associations, laïcité, lois de la République… « Au début on pensait que 30h ce serait peut-être beaucoup mais en fait c’est juste assez » note le professeur qui loue la participation des imams et présidents d’associations ainsi que leur intérêt pour ces cours : « nous avions imaginé avoir 12 personnes. Il y en avait 7-8 à chaque fois, tout au long de la formation. »

Zahir Imadache, imam à la mosquée de Tours Centre et initialement formé en Algérie, faisait partie des élèves présents lors de la session de mardi sur la fiscalité et l’urbanisme avec également des représentants de Bouzignac, St-Pierre-des-Corps ou Amboise : « c’est intéressant comme travail. Cela nous permet de connaître les lois. Ca permet ensuite de sensibiliser les fidèles. Nous avons évoqué les questions de laïcité : le voile, le porc à la cantine, les prières dans la rue… » Ce qu’il retient notamment : « la laïcité, c’est avant tout le respect des cultes. »

Cette notion de pluralité, Jean Rossetto la pointe également : « ce n’est pas la religion musulmane qui nous intéresse mais la question de la religion par rapport à l’Etat en général. Ce serait d’ailleurs beaucoup plus intéressant d’avoir des représentants de toutes les religions dans ces formations. » L’occasion de se rendre compte que la France, « seul pays d’Europe a avoir inscrit la laïcité dans sa constitution » est tout de même un État qui voit les choses de manière sereine : « la loi de 1905 est contraignante mais son application est souple. »

Olivier COLLET