Tours

Loi Travail : le préfet ne veut plus de manif' spontanée à Tours

Il les fera systématiquement disperser par la police.

Les préfets ont reçu des consignes claires : il fallait recevoir les syndicats puis les médias dans tous les départements où il y a eu des incidents lors de manifestations organisées ce mardi soir après la décision du gouvernement de recourir au 49-3 pour faire adopter la loi Travail à l'Assemblée Nationale. Ce fut le cas à Tours, les policiers ayant fait évacuer la Place Jean Jaurès investie par plus de 100 personnes qui ont bloqué la circulation à l'aide de barrière de chantier. Des grenades lacrymogènes et permettant de disperser la foule ont été utilisées. Et ce sera encore le cas à l'avenir si d'autres rassemblements non autorisés se produisent, voilà le message qu'a voulu faire passer le représentant de l'Etat en Indre-et-Loire en recevant les représentants syndicaux et étudiants.

Louis Le Franc s'est exprimé avec fermeté et détermination : "quand on veut faire une manifestation on la déclare trois jours à l'avance. Il y a une déclaration pour une manifestation demain à 17h30 de la Place Anatole France à la préfecture, c'est la seule qui existe à ma connaissance." Un rassemblement déclaré par le syndicat FO, mais pas les autres : "on m'a dit que c'était l'usage en Touraine, que les manifestations se passaient bien. Je n'ai pas de crainte pour ce rassemblement-là, il y aura un service d'ordre interne, mais il faudrait que tous les syndicats déclarent les manifestations pour des questions de responsabilités."

Outre la CGT, Sud ou Solidaires, ceux que visaient principalement le préfet ce sont les étudiants "qui persistent à ne pas vouloir faire de déclaration" et veulent manifester ce jeudi à 10h : "je les ai mis en garde de leur responsabilité en cas de heurts ou d'accidents impliquant des automobilistes excédés par le blocage de la circulation. Je n'hésiterai pas à déposer plainte. On ne peut pas faire n'importe quoi. Vu l'état d'urgence on pourrait interdire les manifestations, on ne le fait pas. Il n'y a pas de consignes. Mais il ne faut pas faire n'importe quoi."

Magré cette mise en garde, ce soir, les étudiants maintiennent la manifestation Place Anatole France suivie d'un pique nique à midi : "pour moi c'est une manifestation qui n'existe pas" a insisté Louis Le Franc qui devrait donc la faire disperser en cas de trouble à la circulation, ouvrant la voie à de nouveaux heurts. D'ailleurs, selon lui, il n'y a pas eu d'affrontements mardi soir, seulement une dispersion avec les moyens de la police.

Les syndicats ont un tout autre son de cloche, déplorant notamment des blessures dans les rangs des manifestants, voici leur communiqué :

"A Tours, à partir de 17h00, une centaine de personnes se réunit place Jean Jaurès, devant la Mairie. Face à eux se déploie une impressionnante présence policière. Les témoins comptabiliseront un policier pour 2 manifestants.

Au bout de quelques minutes, et après les sommations d'usage, la police charge le petit groupe pacifique. Avant d'avancer lourdement casqués, les forces de l'ordre lancent des grenades lacrymogènes dans les pieds des manifestants, voire à hauteur de buste pour certaines.

Un mouvement de panique s'ensuit, voyant les manifestants et la foule de badauds s'enfuir pour tenter d'échapper aux gaz portés par le vent. Les policiers, précédés alors des agents en civil de la BAC, armés de matraques, chargent violemment les étudiants en tête de manifestation. Une course poursuite s'engage dans les rues annexes, le long du boulevard Heurteloup, sur le parvis de la gare puis rue Charles Gilles jusqu'à l'avenue Grammont.

Les témoins, filmant, photographiant, assistent à une scène de guérilla urbaine. Les jeunes (étudiants et lycéens majoritairement) fuient sous les menaces de coups, les grenades de dispersion leur étant lancées dans leur dos, et les agressions verbales. Certains témoins sont pris à partie par les forces de l'ordre leur intimant de manière agressive de cesser de filmer et de « se casser ».

Sud Education 37 et Sud Etudiants 37 dénoncent les dérives des forces policières, qui sous couvert de maintien de l'ordre, ont hier fait preuve d'une extrême violence. Hier, les seuls blessés se comptaient parmi les manifestants. Hier, aucune provocation n'a été observée du côté des citoyens, simplement réunis pour dire leur mécontentement et leur désarroi face à un état autoritaire et sourd."

Olivier COLLET