Tours

Fanny Dubbois : « dans un groupe, c’est toujours moi le clown »

L’humoriste tourangelle qui s’apprête à devenir professeur des écoles est un peu l’ado que tous les parents rêveraient d’avoir à la maison. Rencontre.

Fanny Dubbois est allergique aux pollens, et en ce moment elle éternue beaucoup. Installée sur une terrasse tourangelle, un diabolo-fraise sous les yeux, la jeune femme de 22 ans nous prévient : « j’ai un éternuement bizarre. » On confirme, elle-même en rigole. Mais on n’avait pas besoin de ça pour savoir que la personne assise en face de nous est sur le bon chemin depuis le jour où elle a choisi de faire du one woman show.

Pourtant le jour où on la rencontre, Fanny est stressée : elle attend les résultats de ses examens écrits, ceux qui lui permettront sans doute d’être prof des écoles dès la rentrée prochaine (reste encore les oraux à passer). A Bac +5, elle est impatiente d’en finir d’autant qu’à cause de ses études, elle n’a pas toujours pu mener à fond tous ses projets.

Au théâtre et au cirque dès 6 ans.

Fanny Dubbois est une hyperactive : bénévole pour Les Blouses Roses qui s’occupent des enfants hospitalisés à Clocheville ou lors d’une mission humanitaire au Bénin, animatrice en centre de loisirs, prof de théâtre, artiste en maison de retraite… Elle semble avoir déjà vécu 1 000 vies et sort le plus naturellement du monde de nouveaux détails au fil de nos questions. La liste semble infinie.

Mais dans tout cela il y a un fil conducteur : le théâtre, ou plutôt la scène. Fanny Dubbois raconte : « j’ai commencé toute petite, dès que les troupes ont voulu me prendre, donc dès que j’ai su lire. J’étais assez bavarde à l’école et extravertie, alors c’était pour me canaliser. » La voilà contaminée par le virus : « au collège puis au lycée j’ai pris l’option théâtre. J’ai fait l’option lourde à Grammont, coefficient 8 au bac, et au passage hyper intéressant pour avoir une mention. Ensuite j’ai commencé la fac en lettres modernes option arts du spectacle tout en faisant le Conservatoire de Tours mais j’ai arrêté au bout de deux ans car les études me prenaient trop de temps. »

La jeune femme ne laisse pas ses ambitions au placard pour autant et commence à écrire son one woman show :Ado or not ado. Elle passe donc du théâtre aux sketchs, et dans un premier temps travaille toute seule, sans metteur en scène. Pas sûre d’en être capable, elle a pourtant eu le déclic le soir où ses jeunes élèves de théâtre du Sanitas devaient se produire à l’Espace Malraux de Joué-lès-Tours : « le spectacle était trop court et j’ai dû faire des sketchs à la fin. » La machine est lancée, suivra sa grande première seule en scène à l’été 2014 pour le festival Théâtre en Val de Luynes, puis des premières parties du Grand Théâtre de Tours au Palais des Glaces de Paris.

Un journal intime sur scène.

Comme son nom l’indique, son spectacle parle d’adolescence : « mais je me suis plus inspirée de ma sœur que de moi » (cette dernière a 6 ans de moins). « Le personnage évolue au fil des scènes, il grandit au fur et à mesure. Ca part de la découverte des sentiments amoureux, le départ de chez les parents, les premières boîtes… Mais surtout j’avais envie de montrer que les ados ne sont pas juste là en train de manger des hamburgers devant des émissions de téléréalité. Trop caricaturer les ados ce n’est pas les aider. Ils ont besoin d’être écoutés et on ne les entend pas assez. C’est une période compliquée, celle où tu découvres que l’on t’as pris pour un con toute ton enfance. Je joue aussi beaucoup sur le décalage des générations. Par exemple, je dis aux adultes que les agace quand leurs ados mâchent leurs chewing-gum. Mais c’est pareil quand ils mangent une soupe aux vermicelles ! » Un spectacle au format journal intime qui évolue en permanence : « ça me plait qu’il ne soit pas figé. »

Fille d’artiste, « clown » depuis son plus jeune âge, Fanny Dubbois revendique un humour léger, potache : « des fois on peut se dire ‘mais quelle garce’ » cependant, « je n’aime pas les sujets qui fâchent, qui séparent les gens. » Elle essaie par exemple d’éviter les clichés, trouve que souvent les humoristes se laissent prendre dans ces travers (comme Kev Adams devant qui elle se sent vieille) mais adore Florence Foresti « qui improvise vraiment. » Sa marque de fabrique à elle : la subtilité. « A la fin de mon spectacle, mon personnage est grand-mère et lit une lettre… en alexandrins. » Elle a également invité le cirque dans sa mise en scène, art qu’elle pratique depuis ses 6 ans : « il faut se servir de tout ce que l’on a appris. »

Pour l’instant, la jeune humoriste – assez seule dans le milieu à Tours – privilégie son avenir professionnel à la scène mais on sent qu’elle a hâte de retrouver le public : « j’attends de confirmer des dates à partir de cet été. » Mais même avec sa future classe, elle s’inspirera de ses expériences : « pour les gamins je prône le théâtre, l’usage des arts. Ca permet de se construire soi, et par rapport aux autres. Avec moi, les kermesses vont durer trois semaines ! »

Olivier COLLET / Photos James TECHER

La page Facebook de Fanny Dubbois.