Tours

Quand l'hypnose remplace l'anesthésie générale au CHU de Tours

Une technique unique en France utilisée pour l'opération de tumeurs du cerveau.

Ôter des tumeurs au cerveau nécessite de longues interventions chirurgicales, environ 6h au bloc opératoire. Par ailleurs, afin de garantir l'efficacité maximale des soins et enlever le plus de tumeur possible sans séquelles pour le patient, il est nécessaire d'utiliser la technique dîte de la chirurgie éveillée mise au point dans les années 50, c'est-à-dire qu'au milieu du processus, la personne opérée est totalement consciente pendant que le docteur travaille. Elle dialogue également avec un orthophoniste afin de vérifier ses capacités mentales.

Pour raccourcir le temps d'intervention et améliorer son efficacité, depuis 5 ans, le CHU Bretonneau de Tours est le seul en France à recourir à l'hypnose pour la première partie de l'opération, celle qui consiste à ouvrir la boîte crânienne. Normalement, pour mener à bien cette action, le malade subit une anesthésie générale puis on le réveille afin qu'ils soit conscient et capable de parler lorsqu'on lui enlève sa tumeur. "Certains patients mettent du temps à se réveiller après une anesthésie générale alors qu'avec l'hypnose ils sont aptes à travailler avec nous à 100% dès que la transe est stoppée" explique le Dr Ilyess Zemmoura, neurochirurgien.

Déjà 37 opérations sous hypnose à Tours

C'est le Dr anesthésiste Eric Fournier qui a été spécialement formé à cette méthode et c'est d'ailleurs le seul praticien du CHU tourangeau à la mettre en oeuvre : "je l'ai découverte dans un autre hôpital après avoir remplacé un collègue belge qui s'en servait" nous raconte-t-il. Muté à Tours, il avait pourtant cessé de l'employer avant qu'un chirurgien (le Pr Velut) ne lui propose de la tester sur des opérations de tumeurs du cerveau. Même s'il concède que c'est une technique complexe nécessitant un grand investissement personnel, il est convaincu des bénéfices : "on a fait des tests et ça a bien fonctionné. Maintenant on l'utilise de façon courante, sauf si le patient n'est pas motivé."

Depuis 2011, 37 opérations du cerveau ont débuté par de l'hypnose à Tours : "auparavant, le patient passe une consultation d'anesthésie classique au cours de laquelle on lui fait une séance d'hypnose qui permet de vérifier sa motivation" précise Eric Fournier. En entrant au bloc, le malade est donc en transe pendant un peu plus de 2h avant la chirurgie à proprement parler : "il peut alors répondre de façon optimale aux tests et on est sûrs de la valeur de la réponse. Alors qu'après une anesthésie générale, il pourrait y avoir de la confusion ou de l'agitation" argumente l'anesthésiste qui ajoute que certaines personnes ont déjà été opérées plusieurs fois de cette manière. En revanche, l'hypnose n'est pas efficace pour la fin de l'opération, au moment de refermer la boîte crânienne : "le patient est très fatigué et n'entre pas bien dans la transe" ajoute le Dr Ilyess Zemmoura. Donc à ce moment-là les médecins ont recours à l'anesthésie générale.

Egalement utilisée pour d'autres types de chirurgies comme la tyroïde ou dans le cas de personnes intolérantes aux produits servant à les endormir, l'hypnose a donc fait ses preuves à Tours comme technique alternative dont les effets sont comparables à ceux d'une anesthésie locale. Le procédé a même séduit des professionnels suisses qui ont contacté le Dr Fournier afin de bénéficier de son expérience. En revanche, le praticien tourangeau reste le seul du CHU à être formé à l'hypnose, ne parvenant pas à convaincre ses collègues de sauter le pas.

Olivier COLLET