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Rabière et Morier : difficultés à venir pour les centres sociaux

La CAF va progressivement réduire sa participation au budget.

Malaise dans les quartiers de la Rabière et du Morier à Joué-lès-Tours : il y a plusieurs mois déjà, la Caisse d’Allocations Familiales d’Indre-et-Loire qui les finance en partie a annoncé son intention de procéder à une réduction de sa participation. Jusqu’ici, elle versait 157 000€ par an pour le fonctionnement des deux établissements, une enveloppe qui va baisser de 30 000€ par an pendant 5 ans, et disparaîtra totalement à moyen terme. Cette aide, « c'est un atypisme départemental voire national. Tous les autres centres sociaux départementaux sont financés par les seules prestations de service auxquelles s'ajoutent les financements des collectivités. A titre d'exemple, le centre social de la Vallée Violette situé également sur la ville de Joué n'est pas concerné » nous explique la CAF.

L’ATCS – l’association qui gère les centres sociaux du Morier et de la Rabière – bénéficie donc des avantages d’un système entré en vigueur à l’aube des années 70 mais qui a quasiment disparu depuis. D’ailleurs, la CAF met également du personnel à disposition dans les deux quartiers (4 personnes sur 30), ce qui est là aussi exceptionnel. Une partie de leur salaire est ainsi prise en charge par la mairie jocondienne depuis 2015.

Des suppressions de postes envisageables ?

Même si les discussions ont débuté en 2017 et que la CAF d’Indre-et-Loire n’a jamais caché ses intentions de rogner sur sa participation, l’imminence de l’échéance déclenche une vive inquiétude des équipes : « on risque de devoir supprimer un poste et de réduire les activités sur la jeunesse et la famille » nous dit-on. Les salariés espèrent donc une médiation avec l’organisme public, non pas pour maintenir la subvention, mais pour ralentir sa suppression : « on pourrait l’étaler sur 7 ans au lieu de 5 et commencer en 2019. Avec d’autres compensations financières, on pourrait alors s’en sortir. On ne demande pas la Lune, juste un échelonnement plus long pour plus de sérénité. »

« 157 000€, cela représente 3 postes voire 3 postes et demi pour nous » nous dit encore un membre de l’équipe, déplorant un manque de souplesse de la CAF « qui est à l’origine de la création de ces centres, ce qui n’est pas le cas pour les autres structures. » En plus des postes qui pourraient disparaître – alors que des départs en retraite sont proches, à l’horizon 2022 – des prestations sont aussi sur la sellette : « au Morier, nous proposons des activités de loisirs sans hébergement et nous fournissons le repas. Cela nous coûte 17 000€ par an. On pourrait économiser dessus mais c’est compliqué car ce sont des familles qui n’ont pas beaucoup de moyens ou ne peuvent pas prendre en charge les enfants le midi. »

De son côté, la CAF assure que légalement elle n’a pas le choix : « en effet, le contrat qui lie les Caf et l'Etat tous les cinq ans est échu. Dans l'attente des résultats de ces négociations qui fixeront nos missions et les moyens associés, l'engagement provisoire ne peut dépasser 80% des dépenses antérieures. Ce n'est pas nouveau. La situation se produit tous les cinq ans. Là aussi, la situation a été largement anticipée avec l'ATCS » nous fait-on savoir.

Une médiation avec la préfète et la députée Colboc

Du côté de la ville de Joué-lès-Tours, l’adjointe au maire qui suit le dossier (Valérie Turot) se dit « très inquiète de cette décision qui risque de mettre en péril l'ATCS, association qui joue un rôle très important dans la vie de ces deux quartiers et répond à un besoin indispensable dans l'animation sociale. »

Selon l’élue, la CAF justifie aussi cette décision par la baisse des dotations de l’État « et la mairie ne peut et ne veut pas se substituer au désengagement de l’État » insiste-t-elle, n’excluant pas la possibilité d’une aide supplémentaire de la municipalité (cette dernière verse 400 000€ pour le fonctionnement, 25 000€ sont aussi prévus cette année suite à des appels à projets – contre 23 500€ en 2017 – et 205 000€ de subventions indirectes (prêt des locaux, entretien, charges…).

Afin de faire avancer la situation, la députée Fabienne Colboc et la préfète d’Indre-et-Loire Corinne Orzechowski ont été saisies du dossier. La représentante de l’État serait d’ailleurs particulièrement sensible à plusieurs arguments comme le maintien des activités de loisirs en août à la Rabière (clairement menacées) ou les aides aux jeunes très éloignés de l’emploi.

Olivier Collet