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Danseuses de samba à Luynes : l'histoire d'une polémique

Le président de Tours Métropole a fini par réagir. Maladroitement.

Chouette ! Depuis dimanche on évoque Tours partout dans les médias nationaux : BFMTV, L'Humanité, Ouest France, Le Huffington Post... Ils ont tous parlé de la métropole ! Suite au festival des Francos Gourmandes ? Même pas. C'est une toute autre affaire qui défraie la chronique et ça se passe à Luynes... C'est l'histoire d'une photo qui n'aurait jamais dû être prise. On vous la racontait d'ailleurs dès dimanche sur 37 degrés.

Voici ce qu'il s'est passé : une station d'épuration a été inaugurée à Luynes. Dit comme ça, ce n'est pas super sexy. Même si l'on ajoute que c'est un nouveau concept écologique intéressant avec des plantes, il n'y a pas de quoi déclencher une émeute. Pourtant, l'événement était couru : le président de Tours Métropole Philippe Briand est venu en personne avec le maire de la commune Bertrand Ritouret. Le bon plan : il y avait même un petit spectacle pour célébrer l'ouverture de ce nouvel équipement.

Puis est venu le moment le plus important de la journée : la photo avec le ruban pour que tout cela reste dans l'Histoire. C'est so 80's, mais apparemment ça n'a pas pris une ride. On coupe le ruban, on en distribue des miettes aux invités et le cliché finit dans le journal et sur Internet. Trop top !

Sur cette image, on a 5 personnages principaux : 3 hommes en costard-cravate et deux jeunes femmes en jupe courte et petit haut. La photo a été balancée telle quelle sur Facebook, avec un petit texte de présentation. Dans ce dernier, les élus et les partenaires sont explicitement mentionnés avec leurs titres. En revanche, pas un mot sur les danseuses. Du coup, logiquement, l'internaute qui n'était pas sur place s'interroge...

Que font ces deux femmes peu vêtues sur la photo ? Pire, il s'inquiète : il trouve ça sexiste les mecs en costume et les filles dénudées. Les quinquas à côté des jeunes. Sorti du contexte, ça fait clairement beauf. Donc il commente, s'insurge qu'en 2017 on en soit encore à produire ce genre d'images. Et on a beau apprendre très vite que les deux femmes sont des danseuses de samba invitées à animer la cérémonie, c'est trop tard. Le mal est fait.

Entendons nous bien : le problème n'est pas vraiment qu'il y ait un spectacle de samba pour inaugurer une station d'épuration (avec une serre tropicale, d'où la référence) mais le contraste entre la mine réjouie des élus et les deux danseuses qui les regardent sur le côté sans qu'elles ne soient mentionnées, ne serait-ce que par leur prénom. Les voici donc dépersonnalisées, simples spectatrices alors qu'elles avaient un vrai rôle d'actrices sur place. Oui, ça leur donne un air de potiche même si ce n'était pas le but.

En 2017, quand on fait ce genre de bourde, la jurisprudence veut que l'on s'excuse. Se planter dans sa com', ça arrive. On le reconnait, et on passe à autre chose. La marque Dove en a fait l'expérience récemment en étant accusée de racisme, un peu à tort. Tours Métropole a choisi une autre stratégie : le silence. Rien de pire pour faire monter un bad buzz. Ça n'a pas loupé : les médias nationaux se sont emparés de l'affaire et les critiques se sont renforcées, l'humoriste Tanguy Pastureau en a même fait 4 minutes de chronique chez Nagui sur France Inter.

Alors au bout d'un moment Philippe Briand est sorti de sa réserve. Avec le franc-parler qui est le sien, et donc sans grande classe. Au Lab d'Europe 1 il dit : « Ceux qui se sont occupés de l'inauguration ont invité des éleveurs de perroquets, de serpents, des comédiens locaux, des musiciens et cette troupe de samba. Les danseuses ont bien voulu faire l'animation. Tout s'est très bien passé, tout le monde était très content. Puis, très gentiment, elles ont tendu le ruban pour qu'on puisse le couper. »

« Puis, très gentiment, elles ont tendu le ruban pour qu'on puisse le couper » : ce dernier commentaire n'est sans doute pas indispensable, mais bon...

Après cette clarification, l'élu LR contre-attaque : « On peut aussi demander aux gens de ne plus travailler et d'aller à l'aide sociale, mais moi, je préfère les voir faire de l'animation. C'était très bon enfant. C'était pas le Crazy Horse. » Une réplique qui tombe dans le vide.

On l'attendait sur le débat féministe, mais non. Il fait un chantage à l'emploi. C'est sa façon de subventionner les artistes : les inviter à des inaugurations. Ça, on ne le critique pas nécessairement. Le souci, c'est une photo dérangeante mal contextualisée qui rappelle une société où les femmes sont mises à l'écart et sous-estimées. Oui, Internet peut s'emballer en dix minutes pour ce genre de choses qui paraissent bénignes aux yeux de certains mais qui déclenchent pourtant de vrais débats de société derrière. A croire que Philippe Briand n'a pas retenu la leçon du Temps Machine en 2014... Conclusion : comme dirait la Bande à Basile : « c'est la chenille qui redémarre. »

Olivier Collet