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Laurent Baumel : « Hollande est un détail de l’histoire du PS »

Le député tourangeau, en première ligne au niveau national pendant des mois, espère conserver son siège malgré la dynamique Macron et la crise identitaire à gauche. Interview.

Laurent Baumel repart au combat. Jusqu’au 11 juin, au moins, jusqu’au 18, au mieux, et pourquoi pas jusqu’en 2022. Ca dépendra des électeurs tourangeaux. Le député sortant de la 4ème circonscription d’Indre-et-Loire (Joué-lès-Tours, Ballan-Miré, Chinon…) va labourer le territoire pour tenter de convaincre que les élus du Parti Socialiste peuvent encore être utiles et légitimes, alors que son camp a fait à peine plus de 6% au premier tour de l’élection présidentielle. Laurent Baumel pense pouvoir être réélu à l’Assemblée dans un mois mais sait bien qu’il n’est pas favori entre la candidate représentant le nouveau président Macron (Fabienne Colboc), la frontiste Véronique Péan, la France Insoumise de Mélenchon et son rival de 2012 qu’il retrouve : Hervé Novelli.

D’ailleurs c’est tout de suite vers le candidat des Républicains et de l’UDI qu’il va au duel, organisant sa première réunion publique dans la commune où il est maire, Richelieu, « comme je l’avais fait en 2012. » Laurent Baumel a toujours le bon mot, la petite phrase qui fait mouche. Sans doute pour ça que ces dernières années il a été le bon client des médias pour représenter les frondeurs de la majorité présidentielle de François Hollande. Mais même si le scrutin législatif est à enjeu national, c’est en local qu’il faut convaincre. Et les électeurs d’aujourd’hui ne semblent plus se contenter de bons mots. Comment Laurent Baumel va-t-il mettre de l’eau dans son vin ? Rencontre.

« La confiance avec Hollande n’a pas été rompue à la légère »

« J’aurais aimé ne pas avoir à mener les combats que j’ai mené » explique aujourd’hui Laurent Baumel quand on lui demande un retour sur le quinquennat qui s’achève, reconnaissant avoir été un acteur important de la crise politique qui a traversé la majorité mais refusant les accusations de sabordage. « Ce n’était pas prévisible. On a commencé le quinquennat dans la confiance avec François Hollande. Elle n’a pas été rompue à la légère. De 2012 à 2015 j’ai voté tous les textes même quand je n’étais pas d’accord, j’ai fait un effort de discipline. Mais quand j’ai eu le sentiment qu’il n’écoutait pas les avertissements notamment après les élections municipales, je me suis dit que je n’avais pas d’autre choix que de changer de braquet. »

En a-t-il trop fait ? « Peut-être » dit-il, mais il se justifie : « quand vous êtes engagé dans un combat, si vous ne donnez pas vos propres explications on les donne pour vous. Si on voulait expliquer sur le fond pourquoi on s’opposait au pacte de responsabilité ou à la loi El Khomri il valait mieux donner nos opinions nous-mêmes. » Et tant pis si le maire de Joué-lès-Tours Frédéric Augis se sert de son rond de serviette sur les plateaux parisiens pour l’attaquer sur son absence en local : « il est gonflé. J’étais de toutes les cérémonies patriotiques. J’ai parlé à tous les 11 novembre, tous les 14 juillet et il le sait. »

« La pire défaite du PS c’est aux municipales »

Aujourd’hui encore, Laurent Baumel a du mal avec le terme de frondeur, « ça renvoie à quelque chose d’infantile. En vérité ce que l’on a fait est plus profond : on a défendu des valeurs, des convictions. Et je récuse d’avoir précipité le déclin du PS. Notre pire défaite c’était celle des municipales, et à ce moment là, la fronde n’avait pas commencé. Par ailleurs les frondeurs ne sont pour rien dans l’autodestruction de son mandat par François Hollande en 2016. Quand il s’est pris les pieds dans la déchéance de nationalité ou qu’il y a eu 1 million de personnes dans la rue contre la loi El Khomri. »

Laurent Baumel semble en vouloir clairement à François Hollande qu’il place aujourd’hui en marge du Parti Socialiste dont lui se revendique toujours : « je ne le cache pas mais ce n’est pas mon argument principal. Le PS devra être dépassé. Une recomposition politique devra avoir lieu. Moi je me rattache à l’histoire de ce parti. Et cette histoire ce n’est pas Hollande, c’est Jean Jaurès. Hollande est un détail de l’histoire. » Le candidat juge aussi assez sévèrement les initiatives de Benoit Hamon ou de Martine Aubry annonçant le lancement de leurs mouvements : « c’est prématuré. On ne peut pas embrayer sur ces questions de recomposition de la gauche tant que l’on ne connait pas les rapports de forces au parlement. »

Pas d’opposition systématique à Macron

Il n’empêche, dès aujourd’hui, Laurent Baumel et les autres socialistes doivent trouver le moyen de faire émerger une voix entre les partisans d’Emmanuel Macron et ceux de Jean-Luc Mélenchon. « Avec Mélenchon, même s’il peut y avoir des convergences, la forme politique très véhémente qui est la sienne relève d’une logique de gauche protestataire qui n’est pas dans ma culture. Moi je suis un social démocrate de gauche. »

Ainsi, comme son rival de droite d’ailleurs, le député sortant du Chinonais ne prévoit pas de faire dans l’opposition frontale à Emmanuel Macron s’il est réélu « Je pourrais voter la suppression du RSI, ou une loi pour une éducation nationale qui veut donner plus de moyens aux zones d’éducation prioritaires. Ce sont des projets de bon sens. Mais je ne voterai pas pour une loi El Khomri 2, la baisse des dépenses publiques dans les territoires ou la réduction des fonctionnaires. »

Ainsi, Laurent Baumel fait partie de ceux qui pensent qu’Emmanuel Macron n’aura pas de majorité à l’Assemblée Nationale : « ce serait bien qu’on sorte de la figure majorité et opposition. tant qu’on reste là dedans on admet qu’un seul homme gouverne, c’est le président. Or le président peut se tromper. Il faut donc qu’on retrouve un parlement libre et intelligent, qui cherche des compromis. » Mais ce qui marche plutôt bien dans des assemblées comme celle de la métropole de Tours peut-il fonctionner à l’échelon national où l’obstruction est souvent la règle pour paralyser les débats ? « Si demain vous légitimez le parlement, on ne sera plus dans l’affrontement mais dans le travail et la recherche d’équilibres. On peut avoir une vie parlementaire qui évolue de façon intéressante, moins monarchique. »

Olivier COLLET

Le centre de déradicalisation de Beaumont-en-Véron :

Ce devait être un exemple de la volonté de la France de lutter contre la radicalisation des jeunes, c’est devenu un échec médiatique, politique et judiciaire. Le centre de déradicalisation de Beaumont-en-Véron en sud-Touraine devait être dupliqué dans chaque région de France avec son modèle d’internat ouvert et bienveillant envers des personnes – garçons et files – susceptibles de se radicaliser et de migrer vers le terrorisme. Mais les profils ont été difficiles à trouver, et plusieurs polémiques (notamment l’accueil d’un fiché S) ont gâché l’initiative. « ce n’est pas idiot d’avoir essayé de faire un centre de ce type » plaide aujourd’hui Laurent Baumel, député de la circonscription qui est monté au créneau très vite à chaque couac. « Je n’ai pas de regrets d’avoir accompagné cette expérience, mais la preuve est faite qu’elle avait du mal à fonctionner. »

Aujourd’hui, le dossier est gelé et on se demande ce que va devenir la quarantaine de salariés : « on a amené un projet de reprise (de cet ancien site d’accueil de la mairie de Paris, ndlr) qui ne fonctionne pas. Il faudra en chercher un autre mais je n’ai pas encore la réponse. »