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Michelin Joué-lès-Tours : le dossier traîne et l’Elysée s’en mêle

Une rencontre a eu lieu vendredi pour évoquer la reconversion du site jocondien de 23ha où 700 emplois ont été supprimés il y a 3 ans.

Ce vendredi 10 mars, François Hollande était à Tours pour l’inauguration du CCCOD, le Centre de Création Contemporaine du haut de la Rue Nationale. Un déplacement d’à peine 2h en Val de Loire mais qui n’a pas seulement servi à faire de la représentation et de la diplomatie avec la reine de Norvège… En coulisses, des représentants de l’Elysée ont été reçus à la préfecture d’Indre-et-Loire pour évoquer un sujet très important : la reconversion du site de l’usine Michelin à Joué-lès-Tours.

La friche industrielle, en grande partie vidée après la suppression de 700 emplois il y a 3 ans se cherche un avenir. D’un côté, le fabricant de pneus y emploie encore 200 personnes (jusqu’à quand ?), une chaufferie biomasse est en cours de construction pour alimenter les Jocondiens en chauffage au bois… Mais de l’autre, c’est le calme plat.

Il y a un an, une intersyndicale (CGT, CFDT, CFE-CGC, Sud, CFTC, FO, Unsa, Unef) a donc pris les devants afin de faire accélérer le processus de reconversion du site. Son idée : encourager des entreprises de l’aéronautique à s’y installer (notamment des sous-traitants). « Le site est équipé d'une voie de chemin de fer, il va y avoir la fibre optique. C'est idéal pour y implanter une usine du futur en partant d'une feuille blanche » nous expliquait-on alors. D’autant qu’après son plan social, Michelin s’est engagé (sans obligation formelle) à recréer 800 emplois dont 300 sur le site, dans une convention qui s’achève cet été.

Alors où en est le dossier ? C’était un peu l’objet de la réunion de vendredi dernier avec l’intersyndicale le commissaire à l’investissement productif, le directeur de pilotage des politiques interministérielles ou la DIRECCTE d’Indre-et-Loire. « On a déjà obtenu quelques petits résultats comme l’ouverture d’une filière aéronautique en bac pro à Loches et à Vierzon car on a des problèmes pour former des professionnels dans notre région, ce qui est d’ailleurs également le cas pour le ferroviaire » nous détaille un membre de l’intersyndicale qui a eu des contacts avec la région Centre-Val de Loire, fait partie du Conseil de Développement de l’agglo Tour(s)Plus et qui a eu l’opportunité d’échanger directement avec les services de la présidence de la République.

« On a demandé que le terrain de Michelin soit cédé à la métropole de Tours ou à la ville pour 1€ symbolique comme ça a été fait pour celui de la future chaufferie. La priorité c’est de créer de l’emploi industriel sur ces 20ha, pas de faire des habitations ou des commerces. » Car la construction d’un quartier avec des commerces voire un cinéma ou des logements a été évoquée lors d’une réunion « secrète » fin janvier à la préfecture, mais écartée par les élus et notamment les députés pour prioriser l’industrie (rappelons que Tours manque d’espaces disponibles dans ce domaine). Reste à savoir si la position sera tenable dans le temps…

Car malgré cette volonté, aucun projet ne sort de terre. Une entreprise a finalement filé à Lyon faute d’infrastructures suffisantes, un projet de pépinière d’entreprise du secteur du BTP n’a pas abouti… Et même, des entreprises qui auraient eu vocation à exploiter le site n’ont pas pu aller jusqu’au bout de leur démarche : « sur le côté sud, il y avait une usine assez récente avec une station de levage qui aurait pu intéresser des sociétés, notamment une entreprise de St Malo. Mais elle a été détruite alors qu’il y avait un projet avec 30 embauches » s’étonne l’intersyndicale qui demande à rencontrer Philippe Briand (président de la future métropole) pour lui proposer un projet d’investissement de 20 millions d’euros afin de construire des usines qui seraient ensuite louées à des industriels de l’aéronautique, du monde de la défense ou de l’énergie « comme ça se fait à Sorigny. Aujourd’hui ils ne veulent pas venir car il faut tout investir sur le terrain. » Ce serait notamment le cas d’une start-up en plein développement à Chambray-lès-Tours.

Si le vice-président de Tour(s)Plus en charge du dossier (le maire de Tours Serge Babary) a décliné notre demande d’entretien sur ce sujet, le maire de Joué-lès-Tours Frédéric Augis a fourni quelques précisions : « beaucoup de projets ont été présentés (une dizaine d’après nos renseignements, ndlr) mais aucun n’a été validé » confirme-t-il (pour des craintes sur leur solidité, notamment). Il assure qu’il n’y a aucune ambition autre qu’industrielle sur la zone « car les opérations de dépollution du site seraient plus complexes pour construire des habitations » et il explique justement que le dernier bâtiment détruit l’a été dans l’objectif d’achever la dépollution de l’ensemble de la friche.

« C’est ma volonté de créer de l’emploi industriel ou tertiaire ici » promet Frédéric Augis. Il laisse aussi la porte ouverte pour d’éventuelles constructions chapeautés par les collectivités en vue de faciliter l’installation d’entreprises « comme ça se fait à Montlouis-sur-Loire. » En revanche, la vente de terrains à l’euro symbolique de la part de Michelin ne semble clairement pas (ou plus) à l’ordre du jour. Le maire de Joué explique avoir fait une proposition à l’entreprise dont il ne révèle pas la teneur et sur laquelle il attend prochainement une réponse.

Cela dit, et selon nos informations, les relations seraient très tendues voire exécrables entre la ville et le fabricant de pneus, ce qui aurait entraîné le retrait de deux à trois ouvertures de sociétés pourtant très bien engagées. Michelin serait très agacé de voir que ses nombreux efforts sont systématiquement écartés et d’avoir dû payer 4 millions d’euros pour la destruction du dernier bâtiment. Le préfet lui-même aurait ainsi du mal à faire le tampon entre les deux acteurs malgré plusieurs réunions au plus haut niveau…

Comme on le disait, la convention sur l’avenir du site prend fin en juillet. Une fois caduque, en gros, tout sera potentiellement envisageable sur le terrain (y compris pour autre chose que de l’industrie). Alors, aujourd’hui, plusieurs acteurs espèrent au moins son renouvellement pour 6 mois afin de donner une nouvelle chance à une réindustrialisation rapide de ces 20ha. Reste à voir si, malgré la période électorale, l’action de l’Elysée peut permettre de démêler la situation.

Olivier COLLET