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En Touraine, les Restos du Coeur s'attendent à un hiver record

Le chiffre de 6 000 bénéficiaires devrait être dépassé.

Dans le quartier de la Rabière de Joué-lès-Tours, juste à côté du cimetière et à 5 minutes du tram, il y a déjà du monde pour pousser la porte des Restos du Coeur. L'association créée par Coluche débute sa campagne d'hiver lundi prochain mais les distributions s'enchaînent tout au long de l'année. Ce jeudi, les stocks sont pleins grâce au don très important d'une enseigne de la grande distribution. Il y a des ananas, des chouquettes, de la crème anglaise... Les bénévoles n'ont pas le temps de chômer. Ils se répartissent selon les pièces : à l'accueil, au café, à la gestion des denrées alimentaires ou à la distribution. Pour beaucoup ce sont des retraités, souriants, disponibles.

Francine en est à sa troisième année aux Restos : "j'aime avoir le sentiment d'aider les gens. Dès 8h on décharge les camions, puis on s'installe à notre poste, aujourd'hui avec les viennoiseries, le pain, l'eau, le café; J'y suis souvent mais on fait des roulements. Au bout d'un moment on connait un peu certaines personnes, chacun à sa personnalité. L'ambiance est bonne, l'équipe chaleureuse et sympathique. En revanche on sent bien que c'est de plus en plus dur pour les gens, les inscriptions sont en hausse. Aujourd'hui c'est un jour de grosse livraison de marchandise mais ce n'est pas tous les jours comme ça, et parfois c'est difficile..."

Ahmed, 40 ans est intérimaire dans le bâtiment, engage la conversation : "je suis marié, j'ai deux enfants, et je viens depuis presque un an. Je dois travailler 4 à 6 mois dans l'année et ça ne suffit pas. Les associations c'est un plus qui nous aide bien. Les supermarchés, c'est seulement pour les produits ménagers ou la viande, pour l'avoir halal." Les bénéficiaires peuvent venir une fois par semaine, et une carte leur dit à quel moment.

Une organisation bien rôdée. Mais le président départemental de l'association en Touraine, Maurice Diot est préoccupé, pessimiste même alors que les inscriptions s'enchaînent : "les chiffres sont inquiétants. Pour la période d'été, on a 11% de bénéficiaires en plus. On a de plus en plus d'étudiants, de retraités... On a même des gens qui travaillent à temps partiel et au bout d'un moment, ils n'y arrivent plus. Certains viennent de façon régulière ou plus rarement, seulement quand les besoins sont là à partir du 15 ou du 20. L'ensemble ne viennent vraiment que lorsqu'ils ont besoin. On espère toujours que ça va s'arrêter mais non. Heureusement dans le département nous sommes relativement gâtés pour récupérer des aliments. En revanche nous sommes justes en matière de bénévoles... On en compte 550 et on avait 6 000 bénéficiaires sur la période hivernale de l'an dernier, avec aussi 400 bébés de la naissance à 18 mois. Pour eux, il est d'ailleurs difficile de trouver des couches ou du lait maternel, des produits très chers."

Maurice Diot insiste aussi sur l'aide "globale" aux personnes, valeur essentielle de l'association : "sur Joué on vient de rouvrir notre salon de coiffure, une personne s'est proposée pour faire de l'esthétique. On a une biblitohèque, un vestiaire et des cours de français. Ici, entre le café et la distribution, les gens peuvent passer 1h. C'est important pour eux, c'est un contact qu'ils n'ont pas forcément ailleurs et ça leur permet d'oublier les soucis du quotidien."

Cette année, les Restos du Coeur tourangeaux vont aussi ouvrir une distribution réservée aux étudiants le samedi matin dans le quartier Tourrs-Febvotte : "ils ne sont pas toujours disponibles à cause de leurs cours donc dans la semaine c'est difficile pour eux de venir à un jour et une heure bien précise. Alors que le samedi en général ils ont le temps." Un centre que le président aimerait voir tenu exclusivement par des bénévoles étudiants. Et ils seront sans doute nombreux à venir pousser la porte lors des distributions : "30 000 étudiants à Tours... 60% de boursiers... On risque d'être débordé. A Joué-lès-Tours, on a dû arrêter les inscriptions après avoir reçu 78 dossiers. Pour eux ce ne sont pas seulement les fins de mois qui sont difficiles mais toutes les fins de journées."