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Au travail sur la locomotive à vapeur 231E41

Elle est restaurée par des bénévoles de St-Pierre-des-Corps dans l’espoir de la remettre en service.

C’est un monument historique, mais un élément du patrimoine aujourd’hui en pièces détachées. Après 40 ans à l’air libre, la locomotive à vapeur 231E41 est en cours de restauration depuis décembre 2013 dans un hangar de la ville de St-Pierre-des-Corps aux Magasins Généraux, tout près des voies de garage de la SNCF. On ne peut plus la voir aussi facilement qu’avant, mais c’est pour son bien. Déjà abîmée par ses 25 ans de service sur les rails du Nord de la France où elle assurait notamment les liaisons Paris-Calais, la machine a ensuite souffert de son exposition sans entretien, entraînant notamment de grosses infiltrations d’eau qui ont créé de multiples trous dans sa structure.

Mais la 231E41 n’a pas dit son dernier mot. D’autant que c’est déjà une miraculée. Construite en 1937 dans les ateliers FIVES de Lille, elle a été mise en service le 1er janvier 1938, date qui coïncide avec la création de la SNCF (c’est le 41ème exemplaire d’un lot de 48 et les chiffres 2, 3 et 1 correspondent à son agencement : 2 essieux, 3 roues, 1 foyer). Jusqu’à la guerre, elle circulait sur les lignes du Nord de la France, ralliant souvent Paris. Mitraillée une fois alors qu’elle roulait puis bombardée dans un dépôt, elle sera restaurée puis remise en service après l’armistice de 1945 avec un destin de luxe : elle a tracté « La Flèche d’Or », train qui reliait Paris au port de Calais pour permettre aux plus fortunés de prendre le ferry puis un autre train tout aussi prestigieux jusqu’à Londres.

Réformée en septembre 1963, la 231E41 devait à l’origine atterrir au musée du train de Mulhouse. Elle avait d’ailleurs été préparée pour ça, avant qu’une machine semblable, la E22, ne la remplace (elle était en meilleur état, et la ville de St-Pierre-des-Corps a fini par racheter la E41 pour un franc symbolique en 1974). Tous les autres exemplaires de la série ont fini en ferraille, dont un récupéré pendant la guerre par les Allemands qui l’ont utilisée pour ramener des soldats en permission. Restée côté soviétique après l’armistice, la locomotive n’a jamais été rendue à la France et finalement détruite.

Nouvelle étape en 2008 avec la création de la section tourangelle de l’association AAATV (Association des Amis et Anciens de la Traction à Vapeur, 113 membres aujourd’hui) qui entame des discussions avec la ville de St-Pierre-des-Corps pour remettre en état la locomotive voire, si possible, la replacer sur les rails. Un hangar est mis à sa disposition et l’engin y a été transféré fin 2013 où il est depuis entre les mains des bénévoles : beaucoup de retraités mais aussi des as de la mécanique. Cheminots, ou pas. Certains viennent même de Paris deux week-ends par mois pour avancer sur les travaux, et ils logent dans de petits appartements aménagés dans des préfabriqués au cœur du bâtiment, avec cuisine.

Quand on s’approche de la loco, ce qui frappe c’est son état : rouillée, trouée… Elle a souffert à cause de la météo ou d’avoir été utilisée comme terrain de jeu par les jeunes de la commune. Ce qui oblige à la démonter pièce par pièce pour déterminer précisément ce qu’il faut restaurer, ce qui est encore en bon état et ce qu’il faut remplacer. La cabine du chauffeur et du mécanicien a d’ores et déjà été détachée ainsi que la couverture de la machine. Le week-end dernier, les bénévoles s’affairaient autour des roues pour démonter une autre partie, une expertise de la chaudière est prévue prochainement pour tester son étanchéité…

A chaque fois, les pièces retirées sont minutieusement numérotées, photographiées puis stockées dans le hangar ce qui représente des milliers de pièces sur cet engin de 14m (+11 pour le tender situé derrière avec ses réservoirs pour 38m3 d’eau et son stock de charbon). Tout est rangé et organisé en ateliers ce qui permet à une partie de l’équipe de s’affairer dessus et de débuter le travail de remise en état, comme cela a déjà été fait pour le volant. Si tout va bien, l’AAATV espère avoir terminé son travail dans une dizaine d’années, mais sans garantie réelle de réussir. Par exemple, certaines pièces manquantes ou inutilisables vont devoir être recréées à l’identique ce que l’on ne sait plus faire en France.

Pour se financer, l’association compte sur la fondation créée autour de plusieurs entreprises qui lui permettent de bénéficier d’un budget supérieur à 100 000€ par an. Mais ce dont elle a surtout besoin c’est de main d’œuvre, de bénévoles qui ont des connaissances importantes en mécanique ou chaudronnerie pour donner de précieux coups de main sur un chantier que l’équipe reconnait bien volontiers comme « un peu fou », quasi unique en France (une autre loco est restaurée à Toulouse). Même si elle ne peut plus rouler, la 231E41 aura au moins été restaurée. Et puis, surtout, la vision que l’on a d’elle aujourd’hui est unique : seuls les ouvriers qui l’ont construite en 1937 avaient eu accès aux coulisses. Lors des Journées du Patrimoine des 17 et 18 septembre, tout le monde pourra en profiter. En voici un avant-goût en images…

Olivier COLLET