Tours Agglo

Tram, tunnel, impôts… Les combats de Marie-France Beaufils

Ultra minoritaire dans l’agglo de Tours et à la tête d’une commune qui broie du noir financièrement, la sénatrice-maire de St-Pierre-des-Corps tente de faire entendre sa voix et veut montrer ses ressources. Interview.

Vous avez fait le choix d’augmenter les impôts fonciers de 10% : il n’y avait vraiment aucune autre solution ?

Ca fait trois ans que l’on subit une baisse des dotations de l’Etat ce qui impacte fortement notre budget déjà très contraint. On est passé de 2,7 millions d’euros en 2013 à 1,4 million cette année, presque moitié moins. L’an dernier nous avons fait des efforts importants en ne remplaçant pas 14 départs en retraite, nous n’en remplacerons pas deux autres encore cette année. Nous n’avons pas la capacité d’aller au-delà il fallait donc faire rentrer des recettes supplémentaires.

Certaines communes ont choisi de supprimer des abattements fiscaux, pas nous car c’est 15% de hausse immédiatement pour les contribuables. En revanche, on a joué sur la taxe foncière que l’on peut faire évoluer différemment de la taxe d’habitation. 52% des propriétaires de la commune sont des entreprises, le reste des particuliers ou des collectifs. Voilà pourquoi nous avons fait ce choix qui rapportera 480 000€, ce qui ne couvre même pas les pertes. De plus, avec la baisse de la taxe d’habitation, sur la feuille d’impôt d’un foyer propriétaire qui paie les deux taxes, la hausse n’est que de 2,46%.

Comment éviter une nouvelle hausse en 2017 ?

C’est devenu dur. L’Etat ne peut pas nous mettre en déficit et je me bats pour qu’il cesse de diminuer ses dotations, alors qu’avant je demandais seulement un étalement. On voit que ces décisions affaiblissent les possibilités des communes, des intercommunalités et des départements qui n’ont plus les mêmes capacités d’investissement et font donc de moins en moins de travaux. La baisse de l’investissement atteint presque les 30%. C’est d’autant plus inacceptable car on sait bien que moins de chantiers ce sont des pertes d’emploi et au final un affaiblissement de l’économie. Il met en danger les entreprises du bâtiment et ça va lui revenir en boomerang.

Vu la situation financière préoccupante de la commune, quelles sont vos ambitions de développement à l’horizon 2020 ? Peut-on engager de grands projets ou est-ce que vous allez vous contenter de gérer la situation ?

Je n’ai jamais été dans la lamentation. Ce que l’on essaye de faire c’est évoluer dans notre façon de gérer les choses. Par exemple avec la petite enfance en faisant évoluer notre mode d’accueil, en trouvant des équilibres budgétaires permettant de solliciter des partenariats plus efficaces. Sur notre centre de santé aussi on est en train de travailler à la création de postes de médecins salariés car nous n’avons plus suffisamment de praticiens suite aux nombreux départs en retraite. Donc non, ce n’est pas simplement une gestion tranquille. On essaye de bousculer un certain nombre de réalités. D’autre part, nous avons des perspectives d’installations d’activités économiques que l’on prépare depuis longtemps vers la gare ou au Sud des voies ferrées dans le domaine du ferroviaire. Ces bureaux devraient permettre de recevoir recettes, si l’agglo nous les redistribue. Nous avons investi depuis longtemps, ce serait normal d’en recueillir le résultat. C’est en négociation.

Vers quoi seront dirigés les 3 millions d’euros d’investissements de cette année ?

Il va y avoir des travaux importants de remise en état du patrimoine notamment dans les écoles, un accompagnement des réalisations faites en centre ville avec la nécessité de réaménager les trottoirs et les voiries. On s’engage aussi dans la transformation de la halte garderie qui va devenir un multi accueil pour les enfants de moins de trois ans. On a également des travaux pour le centre technique municipal afin de desserrer le service d’aide à domicile pour les personnes âgées. Et puis un gros chantier qui n’est pas dans le financement de cette année mais proposé à la population c’est la réorganisation de la rue Marcel Cachin de Jean Jaurès à La-Ville-aux-Dames. Nous avons un programme de réfection que l’on proposera à l’agglomération. Il devrait être lancé à la fin de l’année et s’étendre sur trois ans.

Il y a également un projet en cours pour requalifier l’Avenue Jacques Duclos : à quoi doit-on s’attendre ?

Nous allons organiser une réunion avant l’été pour voir comment le sujet évolue. Il s’agit d’une ancienne départementale remise à l’agglo Tour(s)Plus. Une route d’entrée de ville qui voit passer entre 22 et 24 000 véhicules par jour et dont l’image est importante. Il faut en améliorer les capacités pour les circulations douces, permettre qu’un déplacement en vélo soit possible en toute sécurité alors que c’est difficile aujourd’hui. Un cabinet a été choisi pour élaborer un programme. Ce sera compliqué car l’Avenue Jacques Duclos est bordée d’activités économiques et de loisirs et son espace est contraint. Mais il n’est pas totalement impossible que l’on puisse l’élargir.

Où en est l’élaboration du Plan Local d’Urbanisme ? Quelles sont vos ambitions et vos souhaits ?

Le travail de diagnostic avec les élus est fait, idem pour les ateliers de la cité avec 80 habitants volontaires. Fin mai on va poursuivre pour voir comment on se projette dans l’avenir, comment envisager l’évolution de St-Pierre-des-Corps en intégrant le plan de prévention des risques d’inondations (PPRI) qui nous limitera de façon importante. On aimerait faire en sorte que l’entrée de l’Avenue Jean Bonin accueille le tram, et qu’on puisse la développer de chaque côté avec de l’habitat et de l’activité économique. Que la partie en dehors du champ d’expansion des crues donne la capacité d’un nouvel habitat proche des voies ferrées mais dans un secteur très agréable sur des terrains non construits aujourd’hui.

Nous avons aussi des projets dans le quartier de la gare. L’idée serait de créer un accès par le Sud depuis les Atlantes en passant sous les voies ferrées via un tunnel. Les conditions paraissent raisonnables car on serait sur le secteur fret. Ca permettrait à terme d’accéder plus facilement de la partie Sud de la ville au centre et de créer une liaison tram. Cela redonnerait également une autre vie à l’ilot ferroviaire.

Nous sommes en pleine période de révision du PPRI : que pensez-vous du projet de la préfecture d’Indre-et-Loire ?

On souhaitera que l’Etat prenne en compte nos remarques comme sur l’accueil des personnes en fin de vie. Aujourd’hui elles habitent encore dans leur maison, soutenus par la ville et des aides à domicile mais c’est difficile de les évacuer s’il le faut. Construire un Ephad ne serait pas idiot car avoir toutes ces personnes dans le même lieu limiterait les risques mais il ne veut pas. Nous demandons aussi à ce que les constructions devant comporter obligatoirement des logements au dessus du seuil des plus hautes eaux connues concernent les bâtiments d’au moins 15 habitations et non 5 ce qui ne permet pas de proposer des prix raisonnables. Ce PPRI va aussi nécessiter des reconstructions car certaines habitations anciennes ne peuvent pas supporter de travaux de rénovation pour avoir une pièce au-dessus du plus haut niveau d’eau connu.

Le tram à St Pierre des Corps c’est pour quand ?

J’ai des arguments à faire entendre. Tous les quartiers de l’agglo de Tours dits en Zone Urbaine Sensible sont desservis sauf la Rabaterie de St-Pierre-des-Corps. Il serait donc logique que la population la moins mobile puisse être bien desservie. Faire venir le tram dans la ville permettrai d’être en lien avec Tours Nord ou Joué et cela allégerait la pression automobile du côté du quartier gare envahi par des centaines de voitures. On a des besoins, il faut que l’agglo sache les entendre.

Pourquoi vous ne voulez pas de Tours Métropole ?

Je suis contre essentiellement car les outils ont été conçus avec l’idée de rentrer en concurrence avec d’autres collectivités sur l’ensemble du pays. Nous avons aujourd’hui plus besoin de complémentarité que de compétition. La métropole c’est un outil dont la gestion à terme se détachera de la représentation communale. L’objectif c’est que les élus de la métropole soient élus au suffrage universel direct. Er moi je me bats pour les communes. Nous en avons besoin pour apporter réponses pertinentes à nos concitoyens.

Propos recueillis par Olivier COLLET