Portraits

Il a Emmanuel Macron dans le sang

Philippe Chalumeau est le représentant du mouvement En Marche en Touraine. Rencontre pour mieux comprendre ce que cherche l’ancien ministre de l’économie.

Il a de l’espoir Philippe Chalumeau, coordonateur départemental du mouvement En Marche : « la transparence et la naïveté vont l’emporter sur le calcul » nous dit-il quelques jours après la démission d’Emmanuel Macron du gouvernement, une décision qui laisse supposer qu’il veut être candidat à la présidentielle. Pour ce médecin tourangeau, qui souhaite le voir franchir ce pas, le désormais ex-ministre de l’économie est celui qui incarne un nouveau style en politique, sans calculs, donc : « s’il est populaire c’est qu’il dit ce qu’il pense. En quittant le gouvernement, il a voulu retrouver sa liberté, mais il l’a fait de manière très apaisée », comprendre : pas comme d’autres qui en ont fait tout un sketch (Arnaud Montebourg et sa cuvée du redressement à Frangy-en-Bresse, lorsqu’il était lui aussi ministre de l’économie).

Sans calcul, vraiment ? Voir Macron quitter le navire gouvernemental, ce n’était une surprise pour personne. C’était préparé, évident. Ces derniers mois le jeune ministre de 38 ans a ainsi multiplié les indices (lancement de son mouvement avec meeting, interviews multiples où il affichait ses différences avec l’exécutif, petites phrases). Et les déclarations qui ont suivi son départ (comme celle de Manuel Valls qui l’a qualifié de « déserteur ») ne sont pas vraiment synonymes de ce que l’on peut appeler un départ « apaisé ».

« Mon ADN politique évolue »

Pour Philippe Chalumeau, ce qui bloquait Macron, c’était cette faculté qu’à la France à décourager les initiatives : « au gouvernement il n’avait pas la latitude dont il avait besoin, il ne faut pas bloquer l’inventivité. » Une France qu’on peine à faire bouger, Emmanuel Macron et ses soutiens ne sont pas les premiers à en faire le constat. Mais s’ils arrivent au pouvoir, ne risquent-ils pas eux aussi de se casser les dents ? A écouter Philippe Chalumeau, ce serait contradictoire avec le sentiment qu’il sent monter de l’opinion : « l’offre politique est toujours la même, les gens veulent du changement. La vie politique a beaucoup évolué ces derniers temps. On va aujourd’hui vers un bloc identitaire, un bloc conservateur et un bloc progressiste. » Et c’est bien sûr dans la troisième catégorie qu’il se place.

Animateur de la section tourangelle du Parti Socialiste ces 5 dernières années, militant depuis 1999, ami de l’ancien maire de Tours Jean Germain, Philippe Chalumeau s’est mis en retrait de ses activités au sein du parti le jour où Macron quittait Bercy, mardi, une question « d’éthique ». Pour justifier cette décision, il lui suffit d’une phrase : « mon ADN politique évolue. » Puis il complète : « je me reconnais dans les valeurs de la gauche. L’action politique a un sens si elle permet de travailler sur le vivre-ensemble, qu’elle produit de la solidarité. »

Moins de charges pour les entreprises, et un SMIC revalorisé

Se définissant comme « social-démocrate », le médecin macroniste voit « le développement économique comme moteur de la transformation sociale. » Son opinion à lui : il faut baisser les charges des entreprises, mais augmenter le SMIC : « on créerait du mouvement économique ça lèverait les blocages. » A propos des 35h : « ça a permis de développer toute une économie mais aujourd’hui on ne peut pas décréter un temps de travail universel. Il faut laisser les entreprises gérer leurs besoins d’activité pour qu’elles soient plus compétitives. » S’il trouve qu’il y a trop de règles dans notre pays, et milite pour la simplification des choses, il précise aussi : « il ne faut pas forcément déréglementer mais accompagner les dynamiques, les bonnes idées, quitte à gérer les recours ensuite. Quand on fait la loi Macron pour libéraliser les transports en bus, on débloque une situation, ça c’est social. »

On attend maintenant les détails des propositions d’Emmanuel Macron. On nous promet 15 mesures phares, et notamment un « new deal européen » (ce n’est pas le seul à parler de réécrire les règles du jeu avec Bruxelles, mais pas forcément de la même manière) : « il faut que l’Europe puisse être à armes égales avec les Etats-Unis, l’Indre ou la Chine » explicite le Tourangeau Philippe Chalumeau. Il faut par exemple des droits de douane plus importants pour protéger le marché européen. » Et il est également favorable à un déficit du PIB de plus de 3% « pour recréer de la richesse » (de toute façon, François Hollande qui avait promis d’atteindre cet objectif n’y arrive pas et l’assume).

« Parler à tous les français, ceux du Puy-du-Fou comme ceux des cités »

« J’ai voulu me lancer dans une aventure politique 2.0 » nous dit encore Philippe Chalumeau pour évoquer le travail de fourmi demandé aux correspondants locaux d’En Marche, pour préparer l’ascension d’Emmanuel Macron (notamment via une campagne de porte à porte avec des questionnaires). En Indre-et-Loire, le mouvement revendique 650 adhérents « aux profils très variés, beaucoup de jeunes de toutes les catégories socioprofessionnelles, et aussi des gens qui reviennent à la politique. Ils sentent la rupture par rapport aux postures. Emmanuel Macron a vraiment un cheminement construit, un propos clair, une vision intelligente. Il aborde le monde avec le prisme de la liberté. Il y a véritablement du fond politique. En Marche, c’est un mouvement citoyen et politique, libertaire, progressiste, bienveillant. Qui veut parler à tous les Français, ceux du Puy-du-Fou comme ceux des cités. »

Peut-être qu’il y arrivera, peut-être même que ça fera du bien à la France même si son côté clivant risque de créer des tensions. De plus, il lui faudra jongler avec les codes d’un monde politique basé sur l’affrontement et la communication, un monde dans lequel il a déjà commis quelques erreurs (comme une couv’ très commentée de Paris Match cet été, en mode cliché en maillot de bain avec sa femme). Macron vraiment différent ? On attend de le voir pour le croire. La section tourangelle d’En Marche espère le faire venir ici dans le courant de l’automne.

Olivier COLLET