Portraits

Ses vêtements sont beaux et leur vente protège les poissons

Le Tourangeau Marc Sitarz développe une nouvelle vision de la mode : classe, colorée et durable.

Vous avez tous entendu parler du fameux string léopard ? Bon. Alors quand on vous parle de vêtements aux motifs inspirés d’animaux, vous voyez où l’on veut en venir. Cependant, Marc Sitarz va beaucoup, beaucoup plus loin. Au sens propre.

Quand il égrène la liste des pays où il a déjà posé le pied, ce Tourangeau de 36 ans né dans le sud-est de l’Autriche, parti vivre ensuite en Yougoslavie puis en Grèce, passé par la Drôme, Dijon, Lyon ou Clermont-Ferrand, donne envie de prendre illico un sac à dos et de remplir son passeport de visas. Il a été en Thaïlande, en Chine, en Irlande, à Hong-Kong, au Maroc, en Norvège, au Kenya, au Mozambique, en Suède… Il appris la plongée lors de ses études en 2000 en Australie et vu des requins-baleine ou cru ses derniers instants arrivés face à un ours au fin fond de la Sibérie, dans une région plus grande que la France mais comptant autant d’habitants que le quartier des Fontaines à Tours.

De ses séjours aux 4 coins de la planète, voici ce que Marc Sitarz retient : « j’ai vu des pays qui savent gérer leurs ressources… et plutôt bien. On a tendance à protéger ce que l’on connait et ce que l’on aime. J’ai pris conscience du leg que nous allons laisser en devenant papa. Il est hors de question que je ne fasse pas le maximum pour que mes enfants puissent vivre la même chose que moi. C’est-à-dire par exemple plonger avec des requins-baleine, une espèce dont la population a diminué de 70% en 5 ans sur les côtes du Mozambique. » Voilà donc ce qui amène aujourd’hui cet ingénieur de formation qui a passé des milliers d’heures à concevoir des portes de trains à 25 000€ pièce pour le RER parisien, le métro de Londres où le nouveau TGV allemand à changer de vie de manière radicale.

« Un peu fou » et « rêveur » comme il se définit lui-même, Marc Sitarz a donc quitté son employeur en septembre 2015 avec l’idée de monter une marque de vêtements… alors même que la mode n’est pas du tout un sujet qui lui est familier. Son postulat de départ : si on est aujourd’hui capable de manger bio dans la vie de tous les jours, on peut adopter un raisonnement semblable pour s’habiller. Il entreprend donc de commercialiser (d’abord par Internet, puis peut-être en boutique ou en corner dans des grands magasins) des vêtements durables avec une fabrication responsable en amont puis en aval une partie du prix de vente reversée à des associations qui agissent pour la préservation des espèces qui ont inspiré le vêtement.

La conception des pièces de la première collection de NatureAlly est conçue comme un cycle : un animal (comme le poisson-clown, le poisson-ange ou le fameux requin-baleine) voit ses couleurs imprimées sur une robe, une chemise ou un t-shirt produit au Portugal à base de coton (venu du Pakistan ou des USA) ou de la soie (de Chine tissée en Italie), une étiquette rappelle en permanence quelle espèce est à l’origine du vêtement et 5% du prix (moins de 50€ le t-shirt, 75€ la chemise) abonde le budget d’une ONG dont le nom est aussi imprimé sur le tissu.

Pour ce projet « haut de gamme », Marc Sitarz s’est entouré de professionnels : son ami d’enfance biologiste-graphiste et une styliste designeuse textile. Dans un premier temps, 10 à 15 modèles vont être lancés et en attendant l’inauguration officielle de la boutique en ligne, ils peuvent être précommandés en marge d’une campagne de financement participatif de 10 000€ lancée par NatureAlly. La marque devrait être totalement opérationnelle en août.

Olivier COLLET         

Les 3 associations soutenues :

Kwata : protection de la faune et de la flore en Guyane française.
Marine Megaphora Foundation : assure des missions d’éducation, de formation et de protection au Mozambique.
Corsea : action de protection des récifs en Thaïlande.