Joué-lès-Tours

Tupperware : élus et direction dos à dos

Ils se retrouvaient ce vendredi matin à la préfecture d’Indre-et-Loire.

« Deux monologues n’ont jamais fait un dialogue » souffle Frédéric Augis à la sortie de la préfecture, à Tours... Cette petite phrase du maire (LR) de Joué-lès-Tours résume bien la situation : 8 jours après l’annonce de la fermeture de l’usine Tupperware de la ville, chacun campe sur ses positions... Les élus qui s’expriment ce vendredi l’ont tous bien compris : la décision est prise, la marque américaine va stopper la production dans sa seule usine française, et c’est le siège en Floride qui a décidé. « Il semble que ce soit trop tard » tranche le maire (UDI) de Tours Christophe Bouchet.

Ce choix irrévocable, le PDG français de la marque et le directeur du site jocondien sont venus l’expliquer et le justifier au préfet, au président de la métropole, au maire de la ville, aux députés, aux sénateurs ou encore au président de la région. Une réunion de près de 2h, tendue. Bilan : peu d’explications et de réponses, en particulier pour l’avenir des 238 salariés.

« Un dialogue de sourds »

« Leurs arguments se sont pas injustifiés » avoue Christophe Bouchet. En France, le chiffre d’affaires de Tupperware aurait chuté de 45%, passant de 145 à 105 millions d’euros ces 5 dernières années... Mais même avec cette baisse irréfutable de l’activité de l’entreprise, le scénario qui se joue depuis une semaine est « d’une brutalité excessive » dixit l’élu. « Des deux côtés on a des arguments imparables : les leurs sont économiques, les nôtres sont sociaux et humains. Cela aboutit à un dialogue de sourds. »

Autour de la table, les représentants des collectivités ont bien tenté de « remettre en cause » le côté irréversible de la décision de l’entreprise... Ils ont seulement obtenu la promesse d’une nouvelle rencontre d’ici quelques semaines, une fois les négociations ouvertes avec les représentants des salariés (la date est connue : ce sera le 3 novembre).

« Une direction très déterminée »

En attendant, tous se contentent de faire part de leur amertume, de leur incompréhension... « Nous regrettons que cette annonce se soit faite sans échanges en amont » exprime ainsi la députée Fabienne Colboc, qui a l’usine sur sa circonscription. « On veut bien comprendre qu’ils sont en surcapacité de production depuis 3 ans mais ils ont joué solo. Nous, on leur demande de jouer collectif, avec nous. » Un voeu de l’élue macroniste qui reste néanmoins réaliste : « on ne peut pas parler d’espoir » dit-elle à propos d’un hypothétique retour en arrière sur la décision de la direction.

« En face de nous on a vu une direction très déterminée » note de son côté le socialiste Jean-Patrick Gille, venu pour la région. Et même si le sujet n’a pas vraiment été abordé ce vendredi, tous pensent déjà à l’après, autrement dit à travailler sur une éventuelle reprise du site, dans le domaine de la plasturgie ou sur un autre secteur d’activité. Objectif : sauver les emplois qui pourront l’être. Car Tupperware n’aura sans doute pas grand chose à proposer aux ouvriers, à part un reclassement en Grèce, au Portugal ou en Belgique.

« A aucun moment Tupperware n’a tiré la sonnette d’alarme »

Frustrés et déçus, les élus restent néanmoins mesurés : « on ne veut pas de bras de fer » souligne Frédéric Augis. Ce qu’il déplore : que la direction n’ait pas assumé plus tôt qu’elle était dans une situation complexe et que les emplois jocondiens étaient sur la scelllette... « On aurait pu les aider » assure le maire de Joué qui a assisté impuissant au départ progressif des machines. Christophe Bouchet fait la même analyse : « il faut que l’on se penche sur ce problème... Comment les entreprises en difficulté peuvent se tourner vers nous. A aucun moment Tupperware n’a tiré la sonnette d’alarme, c’est un grand gâchis car on aurait été en capacité de les accompagner. »

Et comme si la perspective de ce plan social ne suffisait pas, Frédéric Augis craint un effet domino auprès des 450 personnes que la marque fait travailler en Indre-et-Loire pour vendre ses produits. Il estime aussi que Tupperware fait une grosse erreur économique en se privant de l’argument de vente tendance du Made in France alors que 20% de ses ventes européennes sont réalisées dans l’hexagone. « On ne peut pas d’un côté vouloir faire des résultats importants chez nous et de l’autre ne pas produire ici. » Et pourtant, c’est bien ce qui est en train de se passer...

Olivier Collet