Indre-et-Loire

Centrale de Chinon : un démantèlement XXL pour le réacteur A2

Il doit être totalement déconstruit et ça va durer jusqu'en 2060.

Le réacteur A2 de la centrale nucléaire chinonaise d’Avoine est en sommeil depuis plus de 30 ans mais il va encore falloir beaucoup de temps avant de le voir disparaître du paysage du sud-Touraine. Construit dans les années 60, il doit être complètement démantelé dans les prochaines années, une première mondiale. 8 autres réacteurs du même type doivent également être déconstruits en France et en Angleterre. Et alors que les technologies récentes ne nécessitent « que » 15 ans de travaux pour tout évacuer, il va en falloir beaucoup plus pour le réacteur graphite tourangeau…

On l’a dit, Chinon A2 est un réacteur doté d’une technologie ancienne et particulière. Mesurant environ 30m de haut, il est particulièrement complexe à démanteler. Certaines choses ont déjà été faites (il n’y a plus de salle des machines, par exemple) mais il faut encore réaliser de très nombreuses opérations très techniques pour tout retirer. Rien que les échangeurs de chaleur (192 colonnes de 20m de haut) représentent 5 000 tonnes de déchets à évacuer.

Des travaux jusqu’en 2060

EDF a donc lancé un vaste chantier et de grandes études pour mettre en place un dispositif unique, innovant et sécurisé afin de mener à bien ce projet. Ainsi, une plateforme doit être installée au-dessus du réacteur. Des robots conçus par l’entreprise et ses partenaires européens iront ensuite découper le béton et les structures métalliques pièce par pièce, jusqu’aux briques de graphite. Des outils créés spécifiquement pour ce type de réacteurs et qu’EDF va tester avant de lancer les opérations pour de bon.

Si l’on vient tout juste d’officialiser le démantèlement du réacteur de Chinon et le côté inédit de ces travaux, il va falloir attendre avant d’entrer dans le vif du sujet. Dans un premier temps, EDF doit obtenir des autorisations via un décret ce qui sera fait à l’horizon 2020. Les grosses manœuvres ne débuteront elles qu’en 2030 pour s’achever vers 2055-2060 car la masse de matériaux à évacuer est vraiment colossale, cela représenter 20 fois ce qu’il y a dans les autres réacteurs en exploitation aujourd’hui. 100 personnes travaillent déjà sur le chantier de démantèlement de Chinon, on en comptera 200 à terme dans des spécialités particulières ayant trait au génie civil, à la radioprotection, à la sûreté ou à la sécurité.

Et on fait quoi des déchets ?

Dernier point, et non des moindres : que vont devenir les pièces arrachées de la construction ? Une partie des déchets bénéficie déjà de centres de stockage adaptés où il restent tant qu’ils sont radioactifs (et c’est long). Quant aux briques de graphite de Chinon A2, EDF explique étudier un stockage dédié à plusieurs dizaines de mètres sous terre, voir 100m de profondeur car ils restent dangereux pendant des milliers d’années. C’est également pour cela que ce seront des robots télécommandés qui s’approcheront au plus près des matériaux avant de les découper et de les entreposer dans des colis spécifiques.

Au total, le démantèlement du réacteur de Chinon et de ses jumeaux devrait coûter 3 milliards d’euros. De plus, alors que le nucléaire a de moins en moins la côte, une chose est certaine : même en cas d’arrêt de la production à Avoine, le temps de tout démanteler il va encore y avoir de l’activité sur place pendant très, très longtemps…