Indre-et-Loire

Pontourny : de la déradicalisation à l’accueil des mineurs isolés ?

Ce serait un « retour aux sources » pour le centre de Beaumont-en-Véron.

Mais que va-t-on faire du centre de Pontourny à Beaumont-en-Véron ? L’année dernière, c’est avec un grand cirque médiatique et l'opposition massive de riverains que la nouvelle fonction de cette grande bâtisse de campagne avait été présentée : l’ancien site exploité par la Mairie de Paris pour l’accueil des mineurs étrangers isolés (c’est-à-dire arrivés en France sans famille) devenait alors le premier centre de prévention, d’insertion et de citoyenneté afin de lutter contre la radicalisation. En simplifiant, c’était la naissance du premier centre de déradicalisation du pays, le gouvernement de l’époque ayant l’intention d’en ouvrir un par région, soit une douzaine.

Depuis, aucune autre institution du genre n’a vu le jour, les polémiques se sont multipliées, les pensionnaires qui ne devaient pas être dangereux avaient pour certainsdes profils bien plus troubles qu’annoncé… Résultat : depuis la fin de l’hiver, plus personne ne dort entre les murs de Pontourny.

Cette tentative de l’Etat pour éviter la dérive de certains jeunes dans un contexte de crainte d’attentats semble donc avoir échoué et personne n'a manifestement envie de persévérer (ni le préfet, ni l'exécutif). Dont acte. Mais Pontourny ce n’est pas seulement des pensionnaires, c’est aussi bon nombre de professionnels. Certains faisaient déjà partie du centre à l’époque où il était géré par la municipalité parisienne, et actuellement toute une équipe reste salariée à Beaumont-en-Véron (cependant, au 31 août, les CDD ne seront pas renouvelés).

Alors que faire pour eux ? La semaine dernière, le Conseil Départemental d’Indre-et-Loire a avancé une piste, officiellement transmise en main propre aux équipes du secrétaire d’Etat en charge de la cohésion des territoires Julien Denormandie. L’idée du président du département Jean-Gérard Paumier : faire de Pontourny un site d’accueil pour les mineurs étrangers isolés. Autrement dit, un retour aux sources puisqu’il avait la même fonction pour Paris.

« La Ville de Paris possède des locaux avec des personnels qui n’ont personne à s’occuper. Avec l’Etat, et éventuellement un opérateur privé, on pourrait en faire un lieu où accueillir les mineurs étrangers isolés » argumente l'élu Les Républicains qui évoque la possibilité de faire de l’Indre-et-Loire un département « pilote » en s’appuyant « sur une équipe socio-éducative compétente et formée qui pourrait être opérationnelle rapidement. »

Si cette solution est privilégiée, c’est parce que la Touraine a du mal à proposer des logements pérennes en centre dédié ou à l'hôtel aux nombreux jeunes qui arrivent ici : 232 depuis le début de l’année dont 90 pour les mois de mai et juin. Seuls une poignée d’entre eux sont pris en charge : 91 de janvier à mi-juillet, soit environ 15 par mois. « Tous les départements voisins craquent de partout. Quand un jeune de 14 ans en pleurs vient dans nos services au Champ Girault et demande où il dort, il faut trouver une solution d’urgence. Sauf que désormais, tout ça doit se faire à grande échelle » pointe Jean-Gérard Paumier. A noter qu'en 2016, plus de 20 refus de prise en charge étaient prononcés tous les mois, notamment parce que l'administration estime que certains jeunes qui se présentent n'ont pas réellement moins de 18 ans.

Quoi qu'il en soit, les places sont saturées et le dispositif coûte 500 000€ mensuels, soit autour de 5,7 millions d’euros sur l’ensemble de l’année (l’État rembourse seulement l’équivalent de 5 jours d’accueil). En 2016, entre 3 et 3,5 millions d'euros avaient été nécessaires, soit un surcoût estimé de plus de 2 millions en 2017. C'est trop pour le département qui n'envisage pas de rajouter encore des crédits pour le fonctionnement de Pontourny. Il espère plutôt un « arrangement » entre la capitale et le gouvernement. « L’État a une responsabilité. L’argent que l’on consacre à cet accueil c’est des budgets en moins ailleurs. Le département seul ne peut pas tout faire devant une évolution aussi rapide. »

Enfin l'accueil des mineurs étrangers isolé est aussi suivi de près par la justice. Dans son message à Julien Denormandie, le département notait la hausse des recours auprès des juges pour enfants « avec des décisions peu favorables » pour lui (sur 18 recours engagés, le Conseil Départemental en a perdu 7, 5 sont en attente de délibéré). Autant de lits en plus à trouver.

Et l'institution d'ajouter : « cette augmentation s’explique en partie par l’installation et la montée en puissance d’un collectif de soutien aux migrants très actif, accompagnant les jeunes dans le dépôt des recours » (il est composé de Chrétiens Migrants ou la Ligue des Droits de l’Homme). Sous entendu : les services départementaux devraient encore recevoir d’autres injonctions judiciaires imposant d’héberger des enfants pour qui il n’y a pas nécessairement de solution immédiate. Raison de plus, selon elle, pour un coup de pouce de l’État...

Olivier COLLET