Indre-et-Loire

Pontourny : centre vide, riverains toujours mobilisés et salaries inquiets

En fait, rien ne va au niveau du 1er centre de déradicalisation de France situé à Beaumont-en-Véron.

Ce samedi, l’association de riverains Radicalement digne de Pontourny appelle à marcher dès 10h de la salle polyvalente de Beaumont-en-Véron jusqu’à la demeure transformée en Centre de Prévention, d’Insertion et de Citoyenneté (CPIC) dit centre de déradicalisation. Son objectif : que ce projet testé depuis à peine six mois soit abandonné suite aux nombreux couacs qu’il a entraînés (accueil d’un fiché S à l’automne puis d’un homme arrêté en janvier pour ses liens avec les instigateurs des attentats du 13 novembre).

En organisant cette mobilisation, les habitants de ce petit coin du sud Touraine vent debout depuis des mois n’imaginaient pas qu’un nouvel élément allait encore donner du poids à leurs arguments. Selon Europe 1, le dernier pensionnaire a été exclu du centre ce mercredi suite à une condamnation à de la prison avec sursis pour apologie du terrorisme (la préfecture et le ministère de l’intérieur que nous avons sollicités n’ont pas souhaité faire de commentaire et répondre à nos questions…). Donc Pontourny est vide. De quoi redonner encore un peu plus de légitimité aux opposants qui s’estiment trahis par les pouvoirs publics : on leur avait promis seulement des personnes en voie de radicalisation, ils ont au moins trois exemples qui montrent que l’Etat a sous-estimé les profils des résidents.

« C’est gravissime, jusque-là nos élus locaux et régionaux avaient décrocher la garantie que les profils seraient ceux de personnes qui n’avaient pas de velléités de départ en Syrie par exemple. Au final, on a enchaîné les dérapages. On a mis en danger toute une population. » commente une représentante de l’association. La revendication est simple : fermer Pontourny, en tout cas dans sa forme actuelle, car l’idée pourrait être « de le transformer en maison de repos pour les victimes des attentats, par exemple. » Une piste également défendue par le Front National qui devrait être présent dans le défilé, mais qui a été vivement invité à se faire discret : « nous ne voulons pas de récupération politique » insiste Radicalement digne de Pontourny dont une délégation sera reçue par le maire de Beaumont-en-Véron.

Alors que pendant la conférence de presse organisée en septembre on nous promettait une trentaine de personnes accueillies pour une durée de 10 mois sur le site, 6 mois plus tard on se retrouve avec un équipement vide et pas de candidats pour suivre les stages « de prévention, d’insertion et de citoyenneté. » Clairement, la question de l’avenir de Pontourny est posée. Une réunion est prévue en préfecture pour faire le point sur la situation avec le comité de suivi. Car une question est aussi clairement sur la table : quel destin pour la trentaine salariés (l’objectif était d’atteindre le nombre de 33) qui sont en quelque sorte au chômage technique ces jours-ci ?

La patate chaude était sur la table avant même la dernière bombe médiatique lâchée cette semaine. Dès le 6 février, le syndicat FO s’était ému de la situation des équipes : « on entend peu le point de vue des salariés » déplore auprès de nous Fabienne Defendi qui les représente et qui milite pour la poursuite de cette expérimentation à la base destinée à être étendue dans chaque région française. « C’est quand même fort de café qu’après même pas 6 mois on dise que c’est déjà fini. Donc un minimum de respect, qu’on les laisse travailler. Qu’il y ait eu des couacs, des disfonctionnements entre les services de l’Etat, certes. Mais ce n’est quand même pas aux agents d’en payer les frais ! »

« Nous sommes convaincus de l’intérêt d’un dispositif consistant à prendre en charge des jeunes qui pourraient s’engager dans un processus de radicalisation. Les personnels se sont engagés, certains ont quitté un emploi pour venir spécifiquement ici » poursuit Fabienne Defendi qui note aussi que pour une partie des employés, une éventuelle fermeture de Pontourny serait un deuxième coup dur en quelques mois après la fin du précédent projet mené à Beaumont-en-Véron, à savoir un centre d’accueil pour mineurs isolés géré par la mairie de Paris. « Certains qui travaillaient déjà pour ce premier centre pourraient être contraints de retourner dans la capitale sous peine de perdre leur emploi » s’inquiète la syndicaliste qui espère que tout le monde se remette rapidement autour de la table pour trouver une porte de sortie.

Olivier COLLET