Indre-et-Loire

Oculus porte nos folies ordinaires sur scène

La compagnie de théâtre tourangelle peaufine son nouveau spectacle.

Julien Pillot est revenu vivre en Touraine il y a trois ans. Il ne voulait pas rester en Belgique, même si c’est là qu’il s’est perfectionné au théâtre et qu’il a commencé à travailler. Le jeune homme qui a aujourd’hui 36 ans a découvert la scène sur le tard, à 20 ans, en école d’ingénieur. Après un bac S, il part pour faire un doctorat de maths en Bretagne et intègre la troupe des étudiants. C’est ensuite à l’étranger qu’il poursuit ses études : en Écosse pour le doctorat puis à Bruxelles pour le théâtre en 2005. La mutation est amorcée.

Après 4 ans d’école et autant dans le milieu artistique belge, il reprend donc la route du Val de Loire. Sans aucun réseau, mais avec des envies : « je voulais proposer des choses, porter des projets. Donc j’ai assez vite monté ma compagnie. » Ce sera Oculus, du nom de cette sorte d’ouverture que l’on trouve sur les bâtiments : « je ne connaissais pas ce mot avant. Je l’ai utilisé parce que ça pouvait parler à tout le monde et que je voulais tout faire : du théâtre contemporain, des spectacles jeune public, du clown… »

De fait, c’est par l’adaptation d’un livre que Julien commence à créer : en l’occurrence Rester Sage d’Arnaud Dudek, joué en duo sur scène – et sans aucun décor à l’exception de deux pupitres – avec une copine de promo de Bruxelles. Puis, il participe à un projet de spectacle joué chez l’habitant : Le bar sous la mer, à partir de contes modernes de l’auteur Italien Stefano Benni et où trois acteurs entremêlent leurs histoires. Après la version « salon », une version « scène » sera proposée du 13 au 15 janvier à la Grange-Théâtre de Vaugarni à Pont-de-Ruan.

Centrée autour de son créateur, la Cie Oculus évolue au fil des créations. Celle dont les répétions s’achèvent en ce moment c’est Petites histoires de la folie ordinaire, le texte d’un auteur tchèque – Petr Zelenka : « je l’ai eu dans les mains en fin de formation à Bruxelles. Ca m’a fait beaucoup rire, et c’est rare que je rie autant en lisant. Mais cela ne m’intéresse pas si ce n’est que drôle. J’ai aussi besoin que le propos soit dense. C’est une pièce qui aborde les petites folies de chacun, ça parle de la solitude des êtres ou des relations parents-enfants. Il y a 12 personnages mais j’ai fait le choix de la jouer avec trois acteurs : un qui incarne Petr, et les deux autres qui changent sans cesse, qui viennent lui parler. »

Non située, volontairement ambigüe, cette pièce a pour ambition de développer l’imaginaire du spectateur : « comme pour les one man show où les humoristes sont seuls en scène, sans décor ni accessoires. Et pourtant on arrive à tout imaginer avec leurs sketchs » argumente Julien Pillot pour défendre ce choix. D’ailleurs, il ajoute que dans ses créations la mise en scène est collégiale (ici avec les deux autres acteurs, Marion et Arnaud + Simon et Nicolas aux lumières et à la musique), le spectacle est par ailleurs pensé en amont avec du public lors de lectures du texte. Petites histoires de la folie ordinaire est ainsi en gestation depuis un an, notamment via des résidences à Vaugarni, Briare (Loiret) ou Château Renault.

Soutenue par une aide de la région Centre-Val de Loire, la compagnie cherche encore à boucler son budget avant la première représentation. Elle vient de lancer une campagne de financement participatif sur Helloasso dans l’objectif de recueillir au moins 2 000€ pour financer les dernières répétitions, voire assurer une meilleure diffusion de cette création. Sinon, vous pouvez prendre rendez-vous pour applaudir la Cie Oculus le 19 novembre à Château-Renault, le 11 février à Genillé et le 25 à Loches.

Olivier COLLET