Indre-et-Loire

De l’escrime pour combattre le traumatisme de l’agression sexuelle

C’est une première en Centre-Val de Loire et c’est à Monts que ça se passe.

Bertrand Garreaud est bibliothécaire aux Fontaines à Tours mais aussi maître d’armes d’escrime. Ce sport, il le pratique depuis ses 7 ans et l’enseigne depuis 1998, pendant un temps c’était même son activité principale. Aujourd’hui, il fait partie des personnes à l’initiative d’un projet unique en Centre-Val de Loire et encore rare en France : un accompagnement dédié aux femmes victimes de violences sexuelles qui couple une thérapie avec des médecins et la pratique de l’escrime. Une première séance aura lieu le 30 septembre, à Monts.

A l’origine de ce dispositif, il y a une praticienne parisienne, Violaine Guérin, et une association : Stop aux Violences Sexuelles. « On s’est rendu compte que certaines pathologies étaient liées aux agressions sexuelles. Les victimes développent plus facilement des problèmes dermatologiques ou gynécologiques et sont par exemple plus sujettes aux problèmes de surpoids ou de diabète. Ces ateliers permettent donc de réduire les maladies et de diminuer de façon significative les frais de santé des victimes » explique Bertrand Garreaud.

Mais alors pourquoi l’escrime ? « Déjà parce que c’est un sport de combat. Pour des personnes qui ont été agressées, cela leur permet donc d’apprendre à se défendre. Et puis c’est une discipline dans laquelle il n’y a aucun contact physique direct, tout se fait par le biais de l’épée. Faire pratiquer le judo à des victimes d’agressions sexuelles, un sport avec des prises où l’on est agrippé par quelqu’un, ce serait par exemple impensable. Enfin, en escrime, on est entièrement masqué. On peut donc voir qui l’on veut comme son adversaire, y compris son agresseur. Tout cela permet aux personnes de retrouver un schéma corporel cohérent. »

Spécialement formé pour adapter ses techniques sportives à des personnes concernées par des agressions sexuelles, Bertrand Garreaud ne sera pas seul lors des sessions programmées un vendredi matin par mois pendant 10 mois. 3 associations soutiennent le projet (l’antenne tourangelle de Stop aux Violences Sexuelles, l’Amicale Montoise d’Escrime et l’association lochoise Dire et Guérir) mais surtout, un groupe de professionnels de la santé sera présent à chaque fois : Nathalie Jan, médecin à Loches, Isabelle Hemar, docteur à Tours, une sage-femme (Chantal Charron) et une ostéopathe (Nathalie Magnat).

« Il s’agit d’un projet médical dans lequel on utilise l’escrime pour accélérer la thérapie » insiste le maître d’armes d’escrime. Ainsi, tout se fait en parallèle d’un suivi thérapeutique et psychologique. Les patientes sont donc dirigées vers ces ateliers par leurs médecins. 8 femmes de 20 à 50 ans s’apprêtent à assister à la première matinée dans quelques jours. Un dispositif soutenu par la mairie de Monts, le ministère des sports, la délégation départementale aux droits des femmes et des partenaires privés mais qui reste en petite partie à la charge des patientes. D’autres initiatives similaires existent depuis plusieurs années à Paris et depuis peu en région (comme à Bordeaux ou en outre-mer). Dans certains cas, les hommes voire les auteurs d’agressions sont pris en charge. Une belle idée mais la tâche est immense quand on sait que, d’après les estimations, une femme sur 4 et un homme sur 6 ont déjà subi des violences sexuelles.

Olivier COLLET