Indre-et-Loire

AGRICULTURE : « C’est la pire année depuis longtemps »

Météo pourrie, prix du lait au plus bas… Les agriculteurs de la région Centre-Val de Loire sont assommés, abasourdis. Interview avec Simon Bransard, représentant des Jeunes Agriculteurs.

Pour vous l’année a été particulièrement difficile à cause de la météo…

Au niveau des vignobles il y a notamment eu le gel au printemps, pour les céréales ou le maraîchage, on a eu une perte de 50% de l’ensoleillement… A ça se rajoute l’excès d’eau du mois de juin avec les inondations qui ont fait beaucoup de dégâts entraînant une perte de 50% du chiffre d’affaire pour les céréales. Cela n’a pas été sans incidences sur l’élevage. Le climat a aussi eu un impact sur la qualité du foin. Tout le monde avait espoir d’une bonne quantité et d’une bonne qualité mais les fortes pluies ont tout gâché donc cela va avoir un impact sur l’alimentation des animaux.

Globalement, le climat s’est acharné sur les agriculteurs de la région cette année…

On a tout eu et ça continue. Après le printemps froid, le manque d’ensoleillement et l’excès d’eau maintenant on a la sécheresse. Donc c’est difficile pour implanter les colzas. Les éleveurs qui voulaient faire une troisième coupe de fourrage, c’est loupé vu que ça ne pousse pas. C’est la pire année depuis longtemps. Depuis trois ans en région Centre-Val de Loire, on a subi pas mal d’avaries climatiques qui pénalisaient toujours un peu ce qui a fragilisé les exploitations. Là toutes les productions sont touchées, dans toute la région et avec des conséquences importantes.

Plusieurs réunions de la cellule de crise ont déjà été organisées par la préfecture de région à Orléans, une nouvelle est d’ailleurs programmée ce mardi. Ca a donné lieu à des avancées ?

Le problème c’est qu’avec des pertes de 50% de chiffre d’affaire les mesures à mettre en place sont compliquées vu que cela représente des sommes colossales. Aujourd’hui on essaie surtout de trouver des mesures d’urgence pour que les personnes puissent continuer à nourrir leurs animaux par exemple. Ca ne suffira pas pour emmener tout le monde au bout. Rien que sur le département du Cher, on est environ à 40% d’exploitations en très très grande difficulté et on va avoir 60% d’agriculteurs qui vont vivre une année difficile. L’agriculture c’est l’un des premiers employeurs de France. Alors il faut des aides de toute la filière et de tous les pouvoirs publics, des banques, des coopératives... Que chacun prenne un peu plus de risques que d’habitude. D’autant que ce manque ne va pas se boucher en une année, c’est impossible. Ca va impacter les exploitations pendant 3 à 5 ans, au moins.

Venons-en à la crise autour du prix du lait. Quelle est votre analyse en Centre-Val de Loire ?

Les prix ne sont pas aussi catastrophiques qu’en Bretagne ou en Pays de la Loire. On a de la chance on a des organisations de producteurs et des acheteurs de lait qui ont mis des choses en place même si les tarifs ne couvrent pas les coûts de production. Le prix de base du litre est à 28 centimes (Lactalis est à 25) mais le coût de production d’un lit de lait c’est 33 à 34 centimes donc dans tous les cas il y a un manque. C’est vraiment un problème énorme. L’année dernière il y avait déjà eu beaucoup de manifestations qui ont débouché sur des accords qui n’ont pas été respectés. Il faut que les industriels du lait comprennent qu’en France nos charges sont plus élevées qu’ailleurs en Europe. A eux de se mettre un peu de plomb dans la tête en acceptant de ne pas être aussi compétitifs que les étrangers et soutenir notre productif. Au contraire, actuellement, ils sont en train de détruire la filière.

A terme, il y a un vrai risque ?

C’est un métier très contraignant. Et même si de nombreux producteurs travaillent avec passion, personne ne fait ça pour perdre de l’argent. Donc le choix risque d’être rapidement fait. Soit ils vendront leur exploitation, soit malheureusement il y aura des actes plus désespérés. Je n’ai pas l’impression que la filière mesure les impacts sur le développement de leurs entreprises.

 

Jeudi et vendredi, les ministres européens de l’agriculture se réuniront à Chambord. Les syndicats ont également prévu des actions à ce moment-là.

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