Centre-Val de Loire

Orléans, capitale de Loire avec son festival

L’événement a rassemblé environ 650 000 personnes en 5 jours.

Depuis Tours, il est souvent de bon ton de critiquer Orléans. Parfois avec raison, mais aussi avec une dose de mauvaise foi. Et si les deux villes ont tenté un rapprochement autour du numérique ces dernières années, force est de constater que les rapports sont plus distants depuis deux ans. Vue d’Indre-et-Loire, Orléans est définie comme conservatrice, austère, trop calme ou bourgeoise... Et pourtant, elle tire de plus en plus son épingle du jeu avec des projets structurants pour rénover la ville ou la faire vivre.

Tout autant favorisée qu’handicapée par sa proximité avec la région parisienne, Orléans semble néanmoins capitaliser de plus en plus sur son statut de porte d’entrée du Val de Loire. A ce titre, le Festival de Loire qui a animé la ville pendant 5 jours la semaine dernière est un modèle du genre, dans la catégorie des manifestations « populaires ».

En résumé, et avec une dose de caricature, le Festival de Loire c’est une guinguette géante. Fermés à la circulation sur plus d’1km, les quais de la Loire et du canal (par ailleurs bien aménagés) sont animés de restaurants, concerts et autres démonstrations de métiers plus ou moins anciens. Sur le fleuve, 231 bateaux traditionnels ou originaux attirent le regard... On y voit des gabares historiques, des embarcations à panneaux solaires, des bateaux catalans, chinois ou polonais, des barques et canoés voire des engins flottants artisanaux conçus avec un simple rondin de bois. Bref, « le plus grand festival fluvial d’Europe » est un grand musée de la marine à ciel ouvert où il est de bon ton de se balader... en marinière.

Le bateau chinois

Panneaux solaires flottants

Aidé par un été indien débarqué de nulle part après un début de mois de septembre assez capricieux, le Festival de Loire aurait rassemblé 650 000 personnes, dont 200 000 pour le très grand et très beau feu d’artifice de samedi soir et 15 à 20 000 pour la moins utile mais insolite course de canards en plastique du dimanche matin sur la rive sud du fleuve (« la plus grande de France », au profit de 6 associations qui aident les enfants malades). En grande partie gratuit, l’événement s’étend aussi dans le centre-ville avec des animations Place de Loire, sur la grande Place du Martroi ou sur la Place de la République, décorée de dizaines de parapluies suspendus.

La Duck Race

Spectacles de rue, magiciens, fanfares et jeux sont là pour divertir les familles. S’il est difficile de s’ennuyer en se promenant tant les yeux sont sollicités de partout, le trop-plein de foule peut cependant devenir assez oppressant. Les restaurants sont complets dès 19h30 (et proposent pour la plupart des cartes spéciales le temps du festival, vu l’affluence, ce qui peut nuire à la qualité...), les parkings sont saturés et les tramways débordent.



Amateur de batellerie, de gastronomie ou de culture, on y trouvera souvent son compte. En tête d’affiche : Olivia Ruiz, Tibz ou Au P’tit Bonheur. Sans oublier les chants de marins avec de nombreux textes dont le refrain met Orléans à l’honneur (la ville est fière d’elle-même pendant son festival, au point que toutes les heures, le son des cloches de la cathédrale est remplacé par d’étranges et parfois angoissants bruits d’enfants, de coqs, de clochettes ou de mouettes inspirés « de la Loire »).

« Le Festival de Loire a dépassé nos attentes » expliquait ce dimanche matin le maire de la ville, Olivier Carré, qui a aussi réussi le pari de la sécurité. Avant de conclure, on notera qu’il ne s’agissait pas d’un événement orléano-orléanais, des Tourangeaux y participaient (notamment des conféries) et le vin officiel était un bourgueil rosé. Ce qui est certain, c’est qu’avec ce grand rassemblement européen de bateaux, la capitale régionale a trouvé la recette d’un événement populaire, traditionnel et patriotique. Son budget est conséquent (1,5 million d’euros) mais pas déraisonné si on le compare à ceux d’autres festials, surtout quand on rappelle l’étendue de sa fréquentation.

En plus, en remplissant les commerces et en se tenant au coeur de la cité, il fait d’Orléans une ville de destination où l’on peut passer plusieurs jours à flâner sans discontinuer. Ce n’est pas suffisant pour assurer une renommée à long terme, mais c’est une base importante. Celle qui faitt défaut à Tours, ville charmante mais à qui il manque un phare pour briller sur la carte de France des grandes manifestations et retenir ses touristes plus d’une nuit.

Olivier Collet