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On a lu "Une Phobie Française" de Thomas Thévenoud

Dans un livre-confession aux accents assez intimes, le député de Saône-et-Loire, resté 9 jours au gouvernement pour cause de négligence fiscale tente de comprendre ce qui lui est arrivé.

C’est le journal de l’ascension classique d’un ambitieux politique professionnel et de sa chute médiatique, symbolique et spectaculaire. Thomas Thévenoud jusqu’à son arrivée brutale sous les projecteurs et son éjection tout aussi rude du gouvernement Valls 2 n’était ni le socialiste le plus expérimenté, ni le plus connu de Saône-et-Loire, ni le plus fainéant, ni le plus méchant. Son déficit de notoriété a été rattrapé à la vitesse de l’éclair grâce ses factures et impôts payés en retard et sa sanction immédiate, tombée, hélas pour lui ,après l’affaire Cahuzac.

En trois cents pages, le toujours député de la 1ère circonscription de Saône-et-Loire se raconte. C’est une confession à but thérapeutique, qui parfois surprend par le rendu « brut de décoffrage » de certaines conversations avec quelques figures, anecdotes ou récits intimes impliquant son couple. Le quadragénaire a traversé une tempête rarissime et a survécu. Il s’étonne d’être encore debout, voire vivant au fil des pages. Non pas qu’il soit plaintif. Le parlementaire bien connu des taxis propose sa version d’une histoire que chacun croit connaître et que lui a vécu. Avec une précision clinique et narcissique, ce qui fait le sel du livre.

Reste un manque d’humilité patent dans ce récit à la première personne, aussi frappant que la violence de la chute et de la disgrâce racontées de l’intérieur. Jamais Thomas Thévenoud ne semble douter de son destin, de ses qualités parfois autoproclamées, de la place qui l’attend au soleil après des années de labeur de sous-fifre politique et d’élu de commune moyenne, puis départemental. Une place de maire lui était réservée à Montceau-les-Mines, on ne lui a pas offerte comme il l’escomptait sur un plateau, le voilà candidat dans une circonscription voisine. Tant pis pour les accords nationaux tissés par son parti d’alors avec les Verts.

Son ambition et le retour de la gauche aux manettes dans une circonscription droitière depuis trente ans vaut bien cette entorse. C’est naturel pour lui qu’on lui facilite la tâche. C’est en plaisant aux seigneurs en cour que l’on décroche des sésames. Thomas Thévenoud appartient à une génération de successeurs en politique, grandie à l’ombre des féodaux installés des partis, qui apprend à jongler avec des parapheurs et à se plier en quatre en attendant son heure. La soumission temporaire silencieuse, le choix d’un champion qui vous emmène le plus haut possible font partie du kit et décident de votre trajectoire.

L’introspection ou la remise en question ne sont pas des exercices personnels répandus. Si vous doutez de vous –même ou de vos ambitions, vous êtes mort. C’est une certaine vision de la politique, qui privilégie la carrière aux actions. Vivre de la politique ou faire de la politique ? Ce mode de vie transpire aussi du livre. Le destin a été interrompu, éclatant comme un cercle d’argile au ball-trap. Thévenoud a vécu le deuil de son ambition au moment même où il touchait le Graal de son milieu, un poste au gouvernement.

Le voilà de nouveau en piste pour se succéder à lui-même à l‘Assemblée en 2017. Hors parti, riche de ses ambitions blessées, du drame familial et national traversé. Une fois « une phobie française » refermée, on ne sait pas si le député a compris ce qui lui est arrivé. Au moins a-t-il tenté, en notant et en racontant au quotidien cette période particulière, de comprendre la violence et le mécanisme d’une disgrâce brutale.

 

« Une phobie française » de Thomas Thévenoud, Grasset, 20 €.